Le 30 mars 2003 eut lieu la consécration solennelle de la métochie patriarcale de la Sainte-Trinité à Bruxelles et des locaux de la Représentation de l’Eglise orthodoxe russe près les Institutions européennes. La célébration fut présidée par le métropolite Cyrille de Smolensk et de Kaliningrad, Président du Département des relations extérieures du Patriarcat de Moscou, assisté de l’archevêque Simon de Bruxelles et de Belgique, de l’archevêque Innocent de Chersonèse, évêque Hilarion de Podolsk, du clergé du diocèse de Belgique et des représentants des Eglises orthodoxes autocéphales. A la cérémonie prirent part S.E. S. Kislyak, Ambassadeur de la Fédération de Russie dans le Royaume de Belgique, S.E. M. Popov, Ambassadeur de la République de Moldavie dans le Royaume de Belgique, évêque L. de Hoovre (Eglise catholique), higoumène Philippe, supérieur du monastère de Chevetogne, Mme Hilde Kiboom, présidente de la Communauté Sant’Egidio d’Anvers.
Après la liturgie le métropolite Kirill prononça un discours dans lequel il esquissa l’histoire de la métochie et exposa les raisons de la création de la Représentation (voir les extraits du discours ci-dessous). En conclusion le métropolite Kirill transmit à l’assemblée la bénédiction du Patriarche Alexis de Moscou et de toute la Russie. Le métropolite offrit à l’église une icône de la Mère de Dieu.
Discours du métropolite Cyrille de Smolensk et de Kaliningrad
Eminences, Excellences, chers pères, frères et sœurs,
Nous sommes témoins aujourd’hui d’un grand événement, de la consécration à Bruxelles d’une église orthodoxe russe. Je me suis souvenu hier de ma première visite à Bruxelles il y a trente-quatre ans et de la liturgie que j’y ai célébrée. C’était dans notre église Saint-Nicolas à la rue des Chevaliers. C’était dimanche et dix fidèles environ y prièrent. Pour moi qui venais de Russie c’était bien triste de voir un nombre si petit de fidèles. En effet, les fondateurs de cette église, de l’ancienne immigration russe, n’étaient en grande partie plus de ce monde. Avec reconnaissance nous pensons à ceux qui ont fondé la première église orthodoxe russe à Bruxelles qui pour des personnes en exil est devenue un endroit de rencontre avec leur Eglise et avec la patrie. Cette église réunissait les hommes et les unissait à Dieu.
Il y a trente-quatre ans déjà nous nous posions la question de ce qui adviendrait à l’église orthodoxe russe à Bruxelles et en Europe occidentale. Nous n’imaginions pas qu’il y aurait un temps quand l’église de la rue des Chevaliers ne pourra plus contenir tous les fidèles. Mais lorsque cela est advenu s’est posé à nous le problème de l’acquisition d’une nouvelle église à Bruxelles. Cette question fut au centre des préoccupations du Patriarche et du Saint-Synode qui s’adressèrent au Président de la Russie en demandant son aide pour l’acquisition ou la construction d’une seconde église russe dans la capitale belge. Au début il s’agissait plutôt de la construction, mais Dieu voulut résoudre cette question autrement: c’est l’église dans laquelle nous prions aujourd’hui qui fut trouvée. Et ce qui est très important, c’est qu’il y a eu des personnes qui ont eu la générosité d’offrir leurs propres moyens pour que ce temple devienne une église orthodoxe russe. Et je voudrais remercier de tout cœur tous ceux qui ont participé à l’acquisition de cette église.
Vous savez que Bruxelles est devenu la capitale de l’Europe unie. C’est ici qu’est élaborée la structure de l’Europe unie à venir. Aujourd’hui en Europe vivent des milliers de chrétiens orthodoxes du Patriarcat de Moscou et il est évident que bientôt d’autres pays de l’Est avec un grand nombre de nos fidèles la rejoindront. C’est ici à Bruxelles que sont créés les standards législatifs obligatoires pour toute l’Europe. Cela n’est pas indifférent pour l’Eglise orthodoxe. Dans quelle société vivrons-nous lorsque la construction de la maison commune sera achevée? Par quelles lois sera-t-elle régie? Quelle sera la place de Dieu dans cette maison? La société européenne va-t-elle s’inspirer des valeurs chrétiennes ou sera-t-elle païenne? Tout cela est important pour l’Eglise. De même qu’aujourd’hui en Russie, Ukraine, Biélorussie, Moldavie, Géorgie et dans d’autres républiques de l’ancienne Union soviétique l’Eglise participe dans le processus législatif en défendant le droit des chrétiens de vivre selon leurs valeurs propres, ainsi juge-t-elle nécessaire de le faire dans l’Union européenne.
La nécessité de défendre les valeurs chrétiennes dans la vie des Européens est reconnue par toutes les Eglises orthodoxes. L’Eglise catholique le comprend très bien aussi. Pour cette raison les Eglises sont entrées dans le dialogue avec les Institutions européennes. Il y a quelques années l’Eglise russe a jugé nécessaire d’ouvrir une délégation à Bruxelles. D’abord elle fut dirigée par l’archevêque Longin qui vit à Düsseldorf en Allemagne. Mais il est devenu évident qu’il était indispensable d’avoir un représentant permanent ici même. Le Patriarche et le Synode décidèrent alors de créer la représentation permanente de l’Eglise orthodoxe russe près les Institutions européennes. Et il fut confié au recteur de la cathédrale Saint-Nicolas, père Pavel Nedossekin, de trouver des locaux pour cette représentation. L’Eglise russe a mis à sa disposition des fonds initiaux; le reste fut trouvé sur place par les soins du père Pavel. Cette église et la maison à côté ont été acquises afin que la représentation puisse y être installée. Puisqu’elle agit au nom de toute l’Eglise orthodoxe russe, au nom du Patriarche et du Saint-Synode, elle doit, selon les règles canoniques, relever immédiatement du Patriarche. Pour cette raison cette église de la Sainte-Trinité a été appelée métochie patriarcale, car dans cette église et dans cette représentation les intérêts de toute l’Eglise russe sont exprimés et défendus dans l’Union européenne.
Je voudrais remercier cordialement le père Pavel pour le travail qu’il a accompli. Il a exécuté la tâche qui lui avait été confiée et je lui suis reconnaissant pour la manière dont il l’a fait.
Je voudrais saluer cordialement Mgr Hilarion, évêque de Podolsk, qui depuis quelque temps est représentant de l’Eglise orthodoxe russe près les Institutions européennes à Bruxelles. Il accomplit cette œuvre importante dont je viens de parler, la défense des intérêts des orthodoxes en Europe. Le dialogue de l’Eglise orthodoxe russe avec les Institutions européennes est entièrement remis à Mgr Hilarion et ses collaborateurs. De tout mon cœur je vous souhaite, Monseigneur, du succès. Vous êtes chargé d’une tâche importante. Souvenez-vous que vous parlez au nom des millions de personnes qui vivent dans l’Union européenne. L’Europe doit devenir pour eux une maison, et pour que cela arrive il faut que le Christ y soit présent. Avec l’aide de nos frères catholiques romains, avec l’aide des autres orthodoxes, travaillez pour la gloire de Dieu, en affirmant les valeurs chrétiennes dans la vie du continent européen. Et que la grâce de Dieu demeure avec vous et vos collaborateurs!
Je voudrais également remercier l’archevêque Simon pour son long ministère pastoral en Belgique. C’est pendant votre épiscopat, cher Monseigneur, que le nombre des fidèles russe a tant augmenté ici. C’est sous votre omophore que nos ouailles ont grandi. Vous avez réussi à les garder et à les faire croître. Je vous prie de continuer votre ministère à Bruxelles en dirigeant le diocèse de Belgique et en prenant soin du peuple de Dieu avec cette sincérité et cette simplicité qui vous sont propres.
Chers frères et sœurs, je voudrais vous transmettre la bénédiction de Sa Sainteté le Patriarche. Il sait ce qui se passe aujourd’hui à Bruxelles. Le Patriarche a été plusieurs fois dans ce pays et connaît sa situation ecclésiale. Il m’a demandé de vous transmettre sa bénédiction patriarcale et son vœux que vous meniez une vie véritablement chrétienne.

Et maintenant je voudrais vous parler du plus important. Pourquoi avons-nous besoin d’églises? Car jusqu’à naguère les hommes dans notre pays croyaient que pour le bonheur il ne fallait avoir aucune église. Nous comptions sur la puissance d’un des plus grands Etats du monde, sur les biens matériels qui y étaient concentrés. La force de l’Etat, la puissance de la science, l’éducation, l’armée, tout cela était utilisé pour affirmer nos vies, pour les rendre heureuses et justes. Mais une chose manquait dans cette entreprise: Dieu était absent de ses efforts. Nous, nos pères et nos grands-pères, nous nous étions trompés. A la fin du XX siècle tous ses efforts se sont ruinés. Beaucoup crurent que Dieu s’était éloignés de nous. Mais si l’on réfléchit, Dieu ne nous avait pas abandonnés, il nous a corrigés. Nous avons traversé les souffrances, la dislocation d’un pays, la sparation des familles, la pauvreté afin de comprendre que l’homme ne peut édifier son bonheur en s’appuyant exclusivement sur ses propres forces. Le bonheur est une grâce qui vient de Dieu. Voilà pourquoi notre peuple tourmenté est revenu à Dieu. Pour cette raison en une période de dix ans furent ouverts presque 1500 paroisses, plus de 600 monastères, presque 60 séminaires et académies; il existe maintenant plus de 10 mille moines et 20 milles prêtres. Mais le plus important est que notre peuple est allé à l’église sentant par le cœur et l’intelligence la nécessité de la présence divine dans la vie. C’est par nos souffrances, par notre expérience tragique, par les prières des martyrs et confesseurs de Russie, que le Seigneur nous a fait découvrir cette vérité: «Sans Dieu il ne peut y avoir de vie». Et aujourd’hui nous devons partager cette expérience avec d’autres, notamment avec les Européens qui souvent délaissent les valeurs chrétiennes. Nous devons faire tout avec nos frères et sœurs chrétiens occidentaux pour que les hommes puissent s’appuyer de nouveau sur le Christ et qu’ils redécouvrent le sens d’être chrétien.
De premier abord, l’événement que nous célébrons aujourd’hui peut être appelé local et insignifiant. Mais en réalité, il est important. Le peuple qui a traversé les souffrances et qui a retrouvé Dieu témoigne aujourd’hui au monde entier, à ce pays et à cette ville ce que signifie le Christ dans la vie des hommes. Gardez la foi! Appuyez-vous sur elle dans votre vie! Vivez par votre foi! Que la foi motive tous vos actes personnels, familiaux et publics. Ainsi la lumière du Christ nous illuminera tous. Avec de telles pensées, avec une telle espérance nous consacrons aujourd’hui des milliers de nouvelles églises. C’est notre peuple, arrivé à Dieu par les épreuves, qui le désire. Et que le Seigneur nous bénisse tous! Que la Reine des Cieux nous protège de tout mal! Que la paix de Dieu demeure dans nos âmes! Dans cette église vous allez rencontrer Dieu, vous allez y sentir sa présence, vous allez y trouver la force avec laquelle vous reviendrez dans vos familles. Ce sera ainsi, parce que nous croyons que Dieu est avec nous. Amen.