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Russian Orthodox Church representation to the European Institutions
Russian Orthodox Church
Representation to the European Institutions

Eglise Orthodoxe Russe
Representation pres les Institutions Europeennes
Russian Orthodox Church representation to the European Institutions
Europaica Bulletin
No 22 (September 10, 2003)

En français:
Le Premier ministre de la Fédération de Russie, Monsieur M. M. Kasyanov, rendit visite à la cathédrale de la Dormition de Budapest
Introduction à la Déclaration de l'Eglise orthodoxe russe sur son attitude envers l'hétérodoxie
Principes fondamentaux régissant les relations de l'Eglise orthodoxe russe envers l'hétérodoxie (chapitres 1-3)

In English:
Basic Principles of the Attitude of the Russian Orthodox Church toward the Other Christian Confessions (chapters 1-3)

Auf Deutsch:
Grundprinzipien der Beziehung der Russischen Orthodoxen Kirche zu Andersgläubigen (1-3)


Le Premier ministre de la Fédération de Russie, Monsieur M. M. Kasyanov, rendit visite à la cathédrale de la Dormition de Budapest
  
Le 9 septembre 2003 le Premier ministre de la Fédération de Russie, Monsieur M. M. Kasyanov qui était en visite officielle en Hongrie, se rendit à la cathédrale de la Dormition de Budapest. Le Premier ministre a été reçu par l'évêque Hilarion (Alfeyev) de Vienne et d'Autriche, Représentant de l'Eglise orthodoxe russe près les Institutions européennes, chargé temporairement de l'administration du diocèse de Budapest et de Hongrie. M. Kasyanov était accompagné de plusieurs personnes, dont l'ambassadeur de la Fédération de Russie en Hongire, S. E. V. Musatov. Dans la cathédrale l'évêque Hilarion leur adressa un discours de salutation.

Discours adressé par l'évêque Hilarion de Vienne et d'Autriche, Représentant de l'Eglise orthodoxe russe près les Institutions européennes, chargé temporairement de l'administration du diocèse de Budapeste et de Hongrie, à Monsieur M. M. Kasyanov, Premier ministre de la Fédération de Russie, lors de sa visite dans la cathédrale de la Dormition de Budapest.

Monsieur le Premier ministre!

Permettez-moi de vous saluer dans cette église de la Dormition de la Mère de Dieu, cathédrale du diocèse de Hongrie de l'Eglise orthodoxe russe. C'est la première fois que le chef du gouvernement de la Fédération de Russie rend visite à cette sainte église qui, depuis plus de deux cents ans, est le centre de l'Orthodoxie en Hongrie. Nous vous sommes profondément reconnaissants pour votre attention en ces temps où la cathédrale est devenue «l'objet d'oppositions» (Lc. 2, 34) et nous sommes très heureux de votre visite.

Construite à la fin du XVIII siècle par des représentants des divers groupes ethniques, Grecs, Macédoniens, Albanais, Hongrois, la cathédrale de la Dormition fut consacrée par un évêque serbe dont elle relevait depuis sa fondation. La liturgie y était célébrée en grec qui ne fut plus compris par les fidèles à partir du XIX siècle. Dans la première moitié du XX siècle le nombre des paroissiens de la cathédrale se mit à diminuer et elle aurait certainement été désertée si en 1949 elle n'était pas passée dans la juridiction de l'Eglise orthodoxe russe qui lui accorda le droit de célébrer en hongrois. Au cours des cinquante dernières années, la paroisse a grandi et est devenue la cathédrale du diocèse orthodoxe hongrois.

Notre diocèse en Hongrie collabore étroitement avec les diocèses serbe, roumain et bulgare qui possèdent une histoire de plusieurs siècles. L'unité et l'harmonie des orthodoxes de Hongrie a été durement éprouvée depuis que l'Exarchat du Patriarcat de Constantinople, enregistré en 1995, a introduit la confrontation et la confusion dans le milieu orthodoxe avec leur prétention d'ôter la cathédrale de la Dormition au diocèse de Budapest. En violant les canons de l'Eglise qui interdisent le recours des fidèles aux tribunaux civiles, l'exarque du Patriarcat de Constantinople a dépos une plainte au tribunal municipal de Budapest exigeant de «rendre» la cathédrale de la Dormition aux Grecs.

Leur principal argument est que les Grecs ont pris part dans la construction de l'Eglise. On affirme également que c'est exclusivement avec le soutien de l'Armée rouge que l'Eglise russe a «usurpé» la cathédrale par force. On laisse d'ailleurs sous silence l'existence des documents qui prouvent que cette paroisse, ainsi que quelques autres, a changé la juridiction volontairement. On ne se souvient pas que les Grecs qui ont participé dans l'édification de la cathédrale relevaient de l'Eglise serbe et pas du Patriarcat de Constantinople. On oublie également que l'Eglise russe est implantée en Hongrie depuis deux cents ans (la première église russe, dédiée à la mémoire de la grande princesse Alexandra Pavlovna, a été consacrée à Irème en 1803) et non depuis l'entrée de l'armée soviétique à la fin de la seconde guerre mondiale. On ne prend pas en considération qu'après le départ de Hongrie du dernier soldat soviétique en 1989 le clergé de notre diocèse, composé presque exclusivement des Hongrois, ayant la possibilité de changer de juridiction, a préféré unanimement de rester fidèle au Patriarcat de Moscou.

Nous n'avons aucun doute que la décision du tribunal hongrois sera juste, fondée sur les faits et les documents et non sur des raisons politiques. Nous croyons que la cathédrale de la Dormition continuera à servir aux Orthodoxes hongrois, restant tout aussi ouverte aux Grecs, aux Russes et aux autres peuples.

Monsieur le Premier ministre! Votre visite témoigne du progrès dans les relations entre la Hongrie et la Russie survenu ces dernières années. Nous espérons que les rapports entre nos deux pays, libérés du communisme, continueront à s'améliorer et que les liens traditionnels entre les peuples russes et hongrois se renforceront et se développeront.

Permettez-moi de vous souhaiter en conclusion la grâce inépuisable de Dieu et son aide dans votre service du chef du Gouvernement de la Fédération de Russie. Le bien-être des millions des personnes dépend de votre sagesse. Vous avez beaucoup fait pour la stabilisation de l'économie russe, mais il reste encore beaucoup à accomplir. Que le Seigneur vous accorde la sagesse, la force, la persévérance et la santé. Qu'il bénisse vous et votre famille et la garde pour de longues années par l'intercession de la Mère de Dieu.


Introduction à la Déclaration de l'Eglise orthodoxe russe sur son attitude envers l'hétérodoxie

par Dimitri Siniakov

Le concile épiscopal de l'Eglise orthodoxe russe, tenu à Moscou en août 2000, a promulgué trois documents importants aussi bien pour la vie interne qu'externe du Patriarcat: ce sont 1) les Fondements de la doctrine sociale, 2) la déclaration sur les Principes fondamentaux régissant les relations de l'Eglise orthodoxe russe envers l'hétérodoxie et 3) le Règlement de l'Eglise orthodoxe russe. Dans les derniers numéros d'Europaica nous avons publié le premier dossier. Désormais c'est le tour de la Déclaration sur l'hétérodoxie que nous faisons précéder de cette introduction générale.

1. Le compte-rendu du Métropolite Philarte de Minsk

La publication de la Déclaration par le concile épiscopal est précédée par un long discours du métropolite Philarète de Minsk et de Biélorussie, president de la Commission théologique du Saint-Synode, chargée de la rédaction du document. Ce discours est destiné d'une part à rendre compte de l'activité de la Commission et, d'autre part, à exposer les principaux points du document élaboré. L'annexe étudie la question des frontières de l'Église dans la théologie orthodoxe russe. Malgré son caractère concis, ce dernier texte donne des renseignements précieux sur les problèmes de l'ecclésiologie russe contemporaine relatifs à la question des églises non-orthodoxes et en présente une solution «nouvelle», celle des Principes régissant les relations de l'Eglise orthodoxe russe envers l'hétérodoxie.

Le métropolite Philarète fait remarquer l'absence d'unanimité chez les théologiens russes sur la question de l'unité ecclésiale. Plusieurs courants proposent des solutions différentes du problème ecclésiologique. Si les sacrements ne peuvent être célébrés que dans l'Eglise, communion de tous ceux que le Christ sauve, comment se fait-il que nous reconnaissions le baptême, la chrismation, l'ordination et parfois même l'Eucharistie des communautés avec lesquelles nous ne sommes pas en communion? En plus, si nous reconnaissons le baptême des hétérodoxes, cela n'implique-t-il pas que tous les autres mystères qu'ils célèbrent soient également valides? Pour quelle raison le Christ et son Esprit ne seraient-ils présents que dans le baptême?

L'analyse du métropolite Philarète part du principe que l'Eglise est un organisme universel, supérieur aux Eglises locales, et que c'est ainsi qu'elle doit être comprise par les théologiens qu'il cite. Ce sont les frontières de cette Eglise, désignée dans le document par les expressions Eglise universelle, Eglise du Christ et Eglise orthodoxe , qui sont considérées différemment.

1) La première approche, répandue au XIXe siècle et fortement influencée par la scolastique latine, présente un certain intérêt du point de vue canonique, mais est rejetée par le métropolite Philarète pour son caractère formel et rationnel. Exprimée surtout par l'archevêque Nicodème Milach, elle use volontiers du concept occidental de ex opero operato et fonctionne avec les catégories de la forme et du contenu. Le baptême ne peut être célébré validement que dans l'Église, puisqu'il est institué par son Chef, le Seigneur Jésus Christ, mais il est également possible et valide - mais illicite - lorsqu'il est administré dans une communauté schismatique en vertu de la foi et de l'intention ferme de baptiser la personne au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit et de l'intégrer dans l'Église Catholique et Apostolique. En revanche, le baptême de ceux dont la foi en la Trinité est déformée n'est ni valide ni même chrétien.

Selon cette théorie les frontières de l'Église correspondent avec l'institution ecclésiale canonique, mais les communautés chrétiennes séparées ne sont pas considérées comme étrangères au Corps du Christ à cause de leur foi et de leur certitude d'être Église qui remplissent la forme vide des sacrements de ces communautés par la grâce divine.

2) La deuxième approche serait, selon le métropolite Philarète, celle de Nicolas Afanassieff, Serge Boulgakov, A. Kartachev et P. Svetlov. Elle est présentée comme un refus de reconnaître au schisme une profondeur et un caractère absolu.

Il s'agit ici premièrement de l'ecclésiologie «eucharistique» ou de communion. Formulée par le père Afanassieff, elle considère toute église locale, assemblée autour de la célébration eucharistique et de la figure de son président, évêque, comme la manifestation du Corps du Christ dans un lieu donné, la seule manifestation possible de l'Église catholique. Du fait que ces églises catholiques dispersées dans le monde entier sont chacune réalisation intégrale de l'Église de Dieu dont l'unité est conditionnée uniquement par la participation au même pain et à la même coupe, elles sont parfaitement identiques entre elles; ainsi leur pluralité ne porte aucune atteinte à l'unité de l'Église, pas plus que la célébration de l'Eucharistie simultanément dans des endroits différents ne détruit l'unité du Corps du Christ. Les églises séparées, dans une telle approche, pourraient chacune constituer l'Église catholique de succession apostolique malgré l'absence de communion visible entre elles.

Le professeur Kartachev fonde sa théorie de l'existence après le schisme de deux églises égales sur l'étude de l'histoire du christianisme, et notamment sur l'expérience des ruptures de communion dans l'Église ancienne. Il mentionne les schismes entre les Églises orientales et occidentales au sujet de l'arianisme (IVe siècle), entre l'Église d'Alexandrie et celle d'Antioche de 431 à 433, entre Rome et l'Orient à propos de l'édit de l'empereur Zénon et du patriarche Acace de Constantinople (484-519), ainsi que le célèbre schisme de Photius. Il en conclut que «L'Église universelle, une et inséparable, invisible pour nous, mais visible aux yeux de Dieu, continue à exister sur Terre, dans le monde entier, surpassant infiniment les frontières relatives de nos séparations confessionnelles». Pour Kartachev, ce n'est pas l'annexion d'une Eglise à une autre qui peut mettre fin au schisme, mais la réconciliation, la pax ecclesiastica, de deux «parties» de l'Eglise universelle, dont l'unité profonde et ontologique n'est, au fond, jamais détruite.

Avec Kartachev nous sommes dans un contexte ecclésiologique très différent de celui de N. Afanassieff. Le premier est fortement marqué par l'universalisme ecclésial et assimile la catholicité à l'universalité; il crée une distinction entre l'Église universelle invisible et les églises locales, ses parties, qui ne sont pas capables d'en révéler l'unité profonde. Le second, en revanche, ne peut admettre aucune autre manifestation de l'unité de l'Église que celle d'une communauté précise unie par le Christ lui-même en la Divine Eucharistie.

La notion de schisme, pour le père Serge Boulgakov, n'existe qu'à l'intérieur de l'Eglise. «Les parties sparées de l'Eglise, avec l'existence du moins de la succession apostolique, se trouvent dans une communion mystique invisible par les sacrements visibles, bien que rendus inaccessibles pour les autres, que chacune des églises séparées célèbre». Les divisions historiques sont superficielles et n'anéantissent pas l'unité mystique du Corps du Christ. «Le chemin de l'unité de l'Orient et de l'Occident, conclut le père Boulgakov, passe non pas par l'union de Florence, ni par les tournois des théologiens, mais par l'union devant l'autel».

Ces approches ecclésiologiques confondues sont rejetées dans le discours du métropolite, comme des théories qui ne parviennent pas à exprimer correctement «l'unité de la vie de grâce dans l'Église». Il semble impossible au métropolite Philarète, à la suite de l'archevêque Hilarion Troitsky, d'admettre que «deux corps juxtaposés ou deux arbres puissent avoir entre eux un lien organique (...) Le membre coupé doit mourir et se décomposer». Cette objection, cependant, ne peut se rapporter qu'aux théories de Kartachev et de Svetlov, exprimées avec exactement les mêmes critères ecclésiologiques universalistes, à savoir l'assimilation du Corps du Christ à l'Église universelle, à l'intérieur de laquelle les Eglises locales ne sont que des «membres». Or, l'ecclésiologie eucharistique de N. Afanassieff part de principes différents, presque opposés.

3) La troisième approche exposée par Mgr Philarète est celle qui prend le plus à la lettre la doctrine des schismes de saint Cyprien de Carthage. Les tenants de cette théorie, A. S. Khomiakov, le métropolite Antoine Khrapovitsky et l'archevêque Hilarion Troitsky, ne reconnaissent aucune valeur sacramentelle aux rites de baptême des chrétiens séparés. Cependant, pour expliquer le décalage qui existe entre un tel point de vue et la pratique la plus fréquente de l'Église, ils admettent que ce vide sacramentel puisse être empli, en rendant aux rites sans signification ecclésiologique leur sens mystique et leur validité lors du retour du schismatique dans le sein de la vrai Église par une «économie» mystique de l'Esprit. Les sacrements pourraient donc être administrés aussi bien de façon ordinaire qu'extraordinaire, c'est-à-dire visiblement et invisiblement. Par exemple, le baptême serait compris dans la chrismation, voire la confession seule, pour un schismatique qui est reçu dans l'Église par un de ces deux moyens. On ne baptise pas la personne à nouveau pour ne pas scandaliser les chrétiens séparés et en empêcher le retour dans l'Eglise mère.

Il est inutile de dire pourquoi une pareille interprétation de la pratique ecclésiale est difficilement acceptable. Les mystères de l'Église sont trop fondamentaux dans la vie de grâce des membres de l'Église pour être objet d'une pareille économie qui viserait à faciliter le retour des chrétiens séparés dans l'unité ecclésiale. En apprenant de semblables raisons de leur réception dans l'Église par les sacrements autres que le baptême, ils seraient bien indignés au lieu d'être soulagés.

4) La quatrième issue est celle qui est prônée par le document conciliaire au sujet de l'attitude envers les hétérodoxes auquel sera consacré tout le chapitre suivant. Selon le Métropolite Philarète, elle dépasse les défauts et comble les manques des trois théories qu'il a exposées dans son Discours.

2. «Les principes fondamentaux régissant les relations de l'Église Orthodoxe russe avec l'hétérodoxie»

La notion qu'a l'Église de sa propre nature définit sa relation envers les chrétiens des communautés séparées. La question du schisme ne peut être traitée séparément de celle de l'unité de l'Église, tout comme, dans le sens inverse, toute affirmation de l'unité du Corps du Christ nécessite une explication précise de l'existence, tout au long de l'histoire du christianisme, des ruptures entre ceux qui croient au même Seigneur Jésus-Christ. C'est cet objectif qui est posé dans le premier chapitre de la constitution conciliaire, intitulé Unité de l'Église et péché des séparations humaines.

La Déclaration du Concile de 2000 suit un plan classique pour ce genre de documents qui part de l'étude de la doctrine sur l'unité de l'Église du Christ et se poursuit avec la profession du caractère anormal et douloureux des divisions entre les chrétiens et de la nécessité absolue pour la chrétienté d'aspirer à l'unité perdue. Le rôle de l'Orthodoxie dans le dialogue oecuménique est présenté comme la martyria , le témoignage catholique au sujet de la Tradition et de la foi apostoliques que les Églises orthodoxes ont conservées.

C'est en annexe à la constitution que nous trouvons les analyses des relations entre l'Église orthodoxe russe et les «hétérodoxes», notamment, avec l'Église catholique romaine, les Églises pré-chalcédoniennes, avec les anglicans et les diverses branches de la Réforme. Ces textes décrivent la situation actuelle du dialogue des orthodoxes russes avec ces chrétiens et en esquissent brièvement l'histoire et quelques principes. L'annexe contient également un paragraphe, intitulé Participation aux organisations chrétiennes internationales et dialogue avec 'le mouvement oecuménique' . C'est une réponse à la douloureuse question de la participation de l'Église russe au Conseil oecuménique des Églises et aux autres organismes de ce genre. Le document présente l'histoire de cet engagement de l'Orthodoxie russe dans le mouvement ocuménique et souligne le sérieux avec lequel l'Église russe prend part au travail du COE. Le Concile y parle également de «la crise du mouvement ocuménique» et exige une révision complète des principes et des manières d'agir du mouvement oecuménique actuel que l'Église russe suppose être dominé par l'ecclésiologie protestante.

L'évaluation ecclésiologique précise de chacune des Églises hétérodoxes est absente du décret conciliaire. Le texte mérite son titre, car le Concile se contente de tracer les grandes lignes de la réflexion sur l'approche des autres communautés chrétiennes, prises ensemble dans toute leur diversité.

A. L'unité de l'Eglise.

L'unité de l'Église, de nature mystique différente de celle des corporations terrestres, est en deçà de toutes les frontières raciales, linguistiques et sociales. L'Église est le nouvel Homme, la descendance spirituelle du second Adam, la vigne qui a pour racine le Christ, le peuple de grâce et d'alliance. Son unité ne peut être qu'un don du ciel, divin et parfait; elle a été promise par le Christ à l'apôtre Pierre, elle est demandée par le Christ au Père dans la prière qui précède de quelques heures la Passion. L'Église est l'image de la Trinité Consubstantielle, car la multitude d'hommes de même nature y trouve son unité.

L'unité de l'Église a, pour le Concile, trois principes. Le premier et le plus important sont le Christ lui-même et l'Esprit: le Corps du Christ est un, car il n'a qu'un seul Chef et il est animé par un seul et même Esprit de Dieu. Le deuxième fondement de l'unité de l'Église est l'Eucharistie: c'est par la participation au même Pain et au même Calice que tous les fidèles, selon saint Paul, trouvent l'unité dans le Corps du Christ. Le troisième garant de l'unité est la succession apostolique de la hiérarchie ecclésiale et la Tradition d'origine apostolique. L'apostolicité de l'Église, pour le Concile, n'est autre chose que la succession apostolique du sacerdoce, par lequel «les dons de l'Esprit Saint sont communiqués aux fidèles». Cette hiérarchie d'origine apostolique est le garant de « la communion et de l'unité dans la vie de grâce».

«L'Eglise est de caractère universel; elle existe dans le monde en forme de diverses Eglises locales, mais l'unité de l'Eglise n'en est aucunement détruite». Dans la terminologie orthodoxe, l'expression «Eglise locale» désigne le plus souvent les Eglises autocéphales, patriarcats, archevêchés ou métropoles. Les Eglises autocéphales, comprenant plusieurs diocèses, sont présidées par un Primat et administrées par les Conciles locaux et le Synode, institution conciliaire permanente auprès du Primat. Le Concile de Moscou de 1917, rétablissant le Patriarcat de Moscou et de toute la Russie, a défini le diocèse comme «une partie de l'Eglise orthodoxe russe» et l'Eglise locale de Russie comme une partie de l'Eglise orthodoxe universelle. De même le Règlement de l'Eglise orthodoxe russe promulgué par le Concile de 2000, tout en évitant le mot «partie», considère que «l'Eglise orthodoxe russe se divise en diocèses, églises locales présidées par un évêque».

Alors que les Eglises locales orthodoxes, indépendantes entre elles, sont unies par les liens de charité et de concorde, sans aucune structure canonique universelle, la situation à l'intérieur de ces Eglises autocéphales est différente: les diocèses qui en font partie sont régis par des institutions canoniques de type synodal et leur communion est garantie par la primauté d'un évêque. Le Concile de 2000 considère donc chacune des Eglises locales comme manifestation parfaite de l'Eglise du Christ sur la terre; dans l'annexe à la Déclaration il ira encore plus loin et affirmera que toute assemble ecclésiale possède la plénitude de la catholicité de l'Eglise et constitue, en réalité, l'Eglise catholique: «Chaque partie de l'Eglise, même la plus petite, même réduite à un seul fidèle, peut être nommée catholique».

B. La transgression du précepte de l'unité

«L'Église orthodoxe est la véritable Église qui garde intactes la Tradition sacrée et la plénitude de la grâce salvifique de Dieu. Elle a préservé en intégrité et pureté l'héritage sacré des Apôtres et des saints Pères. Elle reconnaît sa doctrine, sa structure liturgique et sa pratique spirituelle comme identiques à l'évangile des Apôtres et à la Tradition de l'Église ancienne».

Après avoir fait une telle déclaration, le Concile s'empresse d'expliquer que l'orthodoxie n'est pas une prérogative ou une épithète des Eglises orientales, mais une qualité intérieure de la doctrine et de la vie ecclésiales. L'orthodoxie signifie la fidélité absolue au kérygme apostolique et à la tradition patristique. Et comme le dit le métropolite Vladimir de Kiev, membre du Saint Synode et, bien entendu, celui du Concile de 2000, le fait que ce sont les Eglises orientales qui perpétuent l'Église catholique orthodoxe aujourd'hui n'a rien d'immuable ni de dogmatique: «Aujourd'hui l'Église orientale reste encore dans le sein de l'Église catholique, mais demain elle peut s'en écarter, tandis que l'Église catholique continuera à exister sur terre, peut-être, quelque part en Amérique ou au Japon».

Le document précise que ce n'est pas parce qu'une église est orthodoxe qu'elle ne peut être objet d'une critique et sujet de quelques erreurs historiques. «Il ne faut pas céder à la tentation d'ignorer les défauts et les non-réussites qui ont marqué l'histoire de l'Église». Notamment, l'on ne peut nier qu'à certaines époques de grandes parties du peuple de Dieu ont sombré dans l'hérésie. Combien de fois Constantinople fut-elle la scène de schismes et le berceau d'hérésies ! Alexandrie et Antioche ne pourraient se vanter d'avoir été moins souvent impliquées dans de fausses doctrines. Les Pères de l'Église donnent l'exemple d'autocritique et de réalisme historiques. Pour le Concile de 2000, cette expérience douloureuse d'hérésies et de schismes a justement forgé l'orthodoxie du peuple de Dieu; c'est au contact avec les doctrines erronées que furent formulés les dogmes catholiques et que l'Église a appris à être vigilante et à distinguer l'enseignement apostolique des égarements humains. «L'Église orthodoxe, témoignant humblement de la vérité dont elle est gardienne, garde également mémoire de toutes ses épreuves historiques».

Pour le Concile de 2000, le schisme est la séparation d'une communauté du plérôme de l'Église Orthodoxe. Le document sur l'hétérodoxie établit un parallèle entre un chrétien excommunié et un groupe schismatique de chrétiens. Lorsqu'un chrétien rompt les liens canoniques avec son Eglise locale et ne participe plus à son Eucharistie, il cesse d'être membre du Corps du Christ. Cependant, il garde un «sceau» de l'appartenance au peuple de Dieu et, à sa conversion, est reçu de nouveau à la communion sans être rebaptisé. De la même façon, les communautés séparées de l'Unité ecclésiale gardent avec le Corps du Christ un lien invisible. Ce lien est un gage de leur retour au sein de l'Église et de l'existence en elles d'une vie de grâce, quoique détériorée.

Le Concile proclame que le salut ne peut être trouvée que dans l'Église du Christ, qui est l'Église orthodoxe. Les hérésies sont «la conséquence de l'auto-affirmation et de l'enfermement égoïstes», contraires à l'Amour chrétien. Tous les schismes, même ceux qui ont pour cause autre chose que les différences doctrinales, aboutissent en fin de compte à des hérésies, car, séparées de l'unité de l'Église, les communautés schismatiques ne peuvent suivre le même sain développement théologique que l'Église et s'écartent progressivement de la tradition apostolique qui n'est réellement vivante que dans le Corps du Christ.

A l'instar d'un chrétien excommunié, les groupes séparés de l'Église conservent une communion imparfaite avec le Christ et la grâce de l'Esprit n'en est pas complètement absente. Ces chrétiens séparés ont en commun avec l'Église la confession du Christ comme Seigneur et Sauveur, la foi en Dieu Unique en trois personnes et «la piété sincère». Pour cette raison, à leur retour dans l'Église orthodoxe, les schismatiques ne sont pas nécessairement rebaptisés.

Le Concile confirme l'existence de trois formes de réception dans l'Église des chrétiens schismatiques: par le baptême, par la confirmation ou par la confession. Le degré de fidélité à la tradition patristique et conciliaire des communautés schismatiques est le critère qui définit la façon dont les chrétiens de ces groupes sont reçus dans l'Église. Le document souligne que l'évaluation de la mesure dans laquelle la grâce de l'Esprit peut être active en dehors de l'Église orthodoxe ne relève pas de la compétence d'un Concile, mais est le mystère de l'économie divine.

La Déclaration énumère dans le paragraphe 1.13 les principales Eglises et communautés hétérodoxes - Coptes, Arméniens, Syro-Jacobites, Ethiopiens, Malabars, Catholiques Romains, et communautés issues de la Réforme -, mais ne donne aucune directive sur la façon dont il faut recevoir ces chrétiens dans l'Eglise orthodoxe, en se limitant à des affirmations générales.

Par ailleurs, l'on ne doit pas laisser inaperçu la similitude dans le fond et la forme de ce paragraphe avec la décret Unitatis Redintegratio du Concile Vatican II: les deux documents s'accordent pour affirmer, avec exactement les mêmes expressions, que des communautés et Eglises locales entières ont fait scission avec l'Eglise des apôtres et se sont coupées de la communion catholique.

(Suite dans Europaica 23)


Principes fondamentaux régissant les relations de l'Eglise orthodoxe russe avec lhétérodoxie (chapitres 1-3)

1. L'unité de l'Eglise et le péché des divisions humaines

1.1. L'Église orthodoxe est la véritable Église du Christ, fondée par notre Seigneur et Sauveur Lui-même, l'Église que l'Esprit Saint a établie et qu'Il remplit, l'Église dont le Sauveur lui-même a dit: "Je bâtirai mon Église et les portes de l'Enfer ne prévaudront pas contre elle" (Mt 16, 18). Elle est l'Église Une, Sainte, Universelle et Apostolique, gardienne et dispensatrice des Sacrements saints dans le monde entier, "colonne et fondement de la vérité" (1 Tm 3, 15). Elle porte en plénitude la responsabilité de diffuser la Vérité de l'Évangile du Christ, de même que la plénitude du pouvoir de témoigner de la "foi, transmise aux saints une fois pour toutes" (Jd 3).

1.2. L'Église du Christ est une et unique (s. Cyprien de Carthage, De l'unité de l'Église ). L'unité de l'Église - corps du Christ - consiste en ceci qu'en elle il y a une seule Tête - le Seigneur Jésus-Christ (Ep 5, 3) et qu'agit un seul Esprit Saint, vivifiant le Corps de l'Église et unissant tous ses membres au Christ comme à sa Tête.

1.3. L'Église est l'unité de "l'homme nouveau dans le Christ". Par son incarnation, le Fils de Dieu fait homme "a de nouveau ouvert une longue lignée d'êtres humains" (s. Irénée de Lyon), en fondant un peuple nouveau, un peuple comblé de grâce, descendance spirituelle du Second Adam. L'unité de l'Église surpasse toute unité humaine et terrestre, elle est donnée d'en haut, comme un don parfait et divin. Les membres de l'Église sont unis en Christ, par Lui-même, unis comme les sarments de la vigne, enracinés en lui et rassemblés dans l'unité de la vie éternelle et spirituelle.

1.4. L'unité de l'Église dépasse les barrières et les frontières, tant raciales que linguistiques et sociales. La bonne nouvelle du salut doit tre annoncée à tous les peuples, afin de les ramener en un seul tout, de les unir par la force de la foi, par la grâce du Saint Esprit (Mt 28, 19-20; Mc 16, 15; Ac 1, 8).

1.5. Dans l'Église l'hostilité et l'ostracisme sont surmontés et l'unité dans l'amour de l'humanité divisée par le péché s'accomplit, à l'image de la Trinité Unisubstantielle.

1.6. L'Église est l'unité de l'Esprit par le lien de la paix (Ep 4, 3), la plénitude et le règne sans fin de la vie de la grâce et de l'expérience spirituelle. "Là où est l'Église, là est l'Esprit de Dieu, et là où est l'Esprit de Dieu, là est l'Église et toute grâce" (saint Irénée de Lyon, Contre les hérésies , L. 3, ch. 24). Dans l'unité de la vie de la grâce réside la base de l'unité et l'invariabilité de la foi ecclésiale. Toujours et invariablement "l'Esprit Saint enseigne l'Église par la médiation des saints Pères et Docteurs. L'Église universelle ne peut pécher, ni errer et confesser le mensonge au lieu de la vérité: car le Saint Esprit, qui agit sans cesse à travers les fidèles Pères et Docteurs de l'Église, la protège de tous errements" (Encyclique des Patriarches Orientaux ).

1.7. L'Église a un caractère universel. Elle existe dans le monde sous la forme d'Églises locales distinctes, mais l'unité de l'Église n'en subit aucune diminution; éclairée par la lumière du Seigneur, elle diffuse ses rayons par le monde entier; mais la lumière partout répandue est une et l'unité du corps reste indivise. "Par toute la terre elle étend ses branches chargées de fruits, ses eaux abondantes courent vers des espaces lointains, et néanmoins la tête reste unique, unique le principe, unique la mère, riche de la profusion de sa fécondité" (s. Cyprien de Carthage, De l'unité de l'Église ).

1.8. L'unité ecclésiale se trouve en lien indissoluble avec le sacrement de l'Eucharistie, dans lequel les fidèles, par la communion à l'unique Corps du Christ, sont rassemblés authentiquement et effectivement en un corps un et universel, dans le sacrement de l'amour du Christ et la force transfigurante de l'Esprit. "Car si 'nous avons part à un seul pain', alors tous nous formons un seul corps (1 Co 10, 17), car le Christ ne peut être divisé. C'est pourquoi l'Église est appelée Corps du Christ et nous des membres distincts, selon la conception de l'apôtre Paul (1 Co 12, 27)" (s. Cyrille d'Alexandrie).

1.9. L'Église Une, Sainte et Universelle est l'Église Apostolique. Par le sacerdoce divinement institué, les dons du Saint Esprit sont communiqués aux fidèles. La succession Apostolique de la hiérarchie depuis les saints Apôtres est la base de la communion et de l'unité de la vie de grâce. Se séparer de la sainte hiérarchie c'est se séparer du Saint Esprit, du Christ lui-même. "Suivez tous l'évêque comme Jésus-Christ suit son Père et suivez les prêtres comme les Apôtres. Les diacres, honorez-les comme les commandements de Dieu. Sans l'évêque, que personne ne fasse rien touchant l'Église. [...] Où sera l'évêque, là doit être le peuple, de même que là où est le Christ, là aussi est l'Église universelle" (s. Ignace d'Antioche. Smyrn. 8).

1.10. Pour chaque membre de l'Église, la communion avec toute l'Église ne se réalise qu'à travers le lien avec une communauté concrète. S'il détruit les liens canoniques avec son Église locale, le chrétien, porte ainsi même atteinte à son unité de grâce avec le corps ecclésial tout entier. Tout péché, à un degré ou un autre éloigne l'homme de l'Église, bien qu'il ne le sépare pas d'elle pleinement. Dans la vision de l'Église Ancienne, l'excommunication était l'exclusion de l'assemblée eucharistique. Mais la réception dans la communion ecclésiale d'un excommunié ne s'effectuait jamais par la réitération du baptême. La foi dans le caractère indélébile du baptême est confessée dans le Symbole de foi de Nicée-Constantinople: "Je confesse un seul baptême pour la rémission des péchés". La 47e règle des Apôtres déclare: "L'évêque ou le prêtre qui baptise de nouveau quelqu'un qui est vraiment baptisé... qu'il soit destitué".

1.11. En cela l'Église témoignait que l'excommunié conserve le "sceau" de l'appartenance au peuple de Dieu. Accueillant à nouveau l'excommunié, l'Église rend à la vie celui qui a déjà été baptisé par l'Esprit dans le Corps unique. Excluant de sa communion un de ses membres, marqué par elle du sceau au jour de son baptême, l'Église espère en son retour. Elle considère l'excommunication elle-même comme un moyen de renaissance spirituelle de l'excommunié.

1.12. Au cours des siècles, le commandement du Christ sur l'Unité a été plus d'une fois enfreint. En dépit du commandement divin d'unité catholique des pensées et des âmes, au sein du christianisme se sont élevées des divergences et des divisions. L'Église a toujours tenu sévèrement à ses principes, aussi bien face à ceux qui se prononçaient contre la pureté de la foi salvatrice qu'à l'égard de ceux qui introduisaient dans l'Église trouble et divisions. "Pourquoi donc entretenez-vous les querelles, les indignations, les désaccords, les divisions et les injures? Dieu n'est-il pas un chez nous, et un le Christ, et un l'Esprit de grâce, répandu sur nous et une la vocation dans le Christ? Pourquoi déchirons-nous et écartelons-nous les membres du Christ, nous dressons-nous contre notre propre corps et allons-nous jusqu'à une folie telle que nous oublions que nous sommes membres les uns des autres?" (s. Clément de Rome, Lettre aux Corinthiens , 1, 46).

1.13. Tout au long de l'histoire chrétienne non seulement des chrétiens se sont séparés personnellement de l'Église orthodoxe, mais des groupes chrétiens entiers. Certains d'entre eux ont disparu au fil de l'histoire, d'autres existent depuis des siècles. Les scissions les plus substantielles du premier millénaire, qui se sont maintenues jusqu'à nos jours ont procédé du refus d'une partie des communautés chrétiennes de recevoir les décisions des IIIe et IVe Conciles oecuméniques. Ainsi se sont trouvées en état de séparation des Églises qui subsistent toujours: l'Église assyrienne orientale, les Églises préchalcédoniennes copte, arménienne, syro-jacobite, éthiopienne, malabare.

Au cours du second millénaire, les divisions internes du christianisme occidental liées à la Réforme ont fait suite à la sécession de l'Église romaine et abouti à un processus incessant de formation d'une multitude de dénominations chrétiennes qui ne sont pas en communion avec le siège de Rome. Sont apparues aussi des ruptures d'unité avec les Églises orthodoxes locales et entre autres avec l'Église orthodoxe russe.

1.14. Les erreurs et les hérésies apparaissent la conséquence d'une auto-affirmation et d'un isolement égoïstes. Toute scission, tout schisme entraînent à un degré ou à un autre la déchéance de la plénitude ecclésiale. La division, même si elle ne découle pas de raisons d'ordre doctrinal, est une atteinte à la doctrine de l'Église et en fin de compte conduit à une altération de la foi.

1.15. L'Église orthodoxe affirme par la bouche des saints Pères, que le salut ne peut être atteint que dans l'Église du Christ. Mais en même temps, les communautés déchues de l'unité avec l'Orthodoxie, n'ont jamais été considérées comme totalement privées de la grâce divine. La rupture de la communion ecclésiale conduit inéluctablement à la dégradation de la vie de la grâce, mais pas toujours à sa complète disparition dans les communauts séparées. Ainsi s'explique que la réception dans l'Église orthodoxe de personnes venant de communautés hétérodoxes ne s'opère pas uniquement par le sacrement du baptême. Malgré la rupture de l'unité, il demeure une communion, certes incomplète, agissant comme gage de la possibilité du retour à l'unité dans l'Église, à la plénitude catholique et à l'unité.

1.16. La situation ecclésiale des séparés ne se prête pas à une définition univoque. Un certain nombre de signes unissent le monde chrétien divisé: ce sont la Parole de Dieu, la foi au Christ, Dieu et Sauveur venu dans la chair (1 Jn 1, 1-2; 4, 2, 9) et une piété sincère.

1.17. L'existence de divers modes de réception (par le Baptême, par la Chrismation, par la Pénitence) montre que l'Église orthodoxe a une approche différenciée des autres confessions. Le critère est la mesure dans laquelle ont été conservées la foi et les institutions ecclésiastiques, ainsi que les normes de la vie spirituelle chrétienne. Mais en établissant divers modes de réception, l'Église orthodoxe ne porte pas de jugement sur le degré de conservation ou d'altération de la vie de grâce dans l'hétérodoxie, estimant que c'est le secret de la Providence et du jugement divin.

1.18. L'Église orthodoxe est la véritable Église, dans laquelle sont conservées inaltérées la Sainte Tradition et la plénitude de la grâce salvatrice de Dieu. Elle a conservé dans leur totalité et dans toute leur pureté l'héritage des Apôtres et des saints Pères. Elle reconnaît l'identité de sa doctrine, de sa structure liturgique et de sa pratique avec la prédication apostolique et la Tradition de l'Église Ancienne.

1.19. L'Orthodoxie n'est pas un "attribut national et culturel" de l'Église d'Orient. L'Orthodoxie est une qualité interne de l'Église, la conservation de la vérité doctrinale, de la structure liturgique et hiérarchique et des principes de vie spirituelle, demeurés sans interruption ni changement dans l'Église depuis les temps apostoliques. Il ne faut pas céder à la tentation d'idéaliser le passé ou d'ignorer les insuffisances et les échecs tragiques qui ont marqué l'histoire de l'Église. Le modèle de l'autocritique est donné au premier chef par les plus grands des Pères de l'Église.

L'histoire de l'Église connaît nombre de cas où une part importante du peuple ecclésial est tombée dans l'hérésie. Mais elle sait également que l'Église a combattu systématiquement l'hérésie, elle connaît l'expérience de la guérison d'hommes un temps égarés, l'expérience de la pénitence et du retour dans le sein de l'Église. C'est précisément l'apparition d'aberrations dans le sein même de l'Église et la lutte menée contre elles qui ont initié les enfants de l'Église orthodoxe à la vigilance. L'Église orthodoxe, témoignant humblement qu'elle garde la vérité, se souvient en même temps de toutes les tentations apparues au cours de l'histoire.

1.20. En conséquence de la transgression du commandement de l'unité, source de la tragédie historique du schisme, les chrétiens divisés, au lieu d'être un exemple d'unité dans l'amour à l'image de la Très Sainte Trinité, sont devenus source de scandale. La division des chrétiens est une blessure ouverte et sanglante sur le Corps du Christ. La tragédie des divisions est une altération sérieuse et patente de l'universalisme chrétien, un obstacle dans le témoignage rendu au Christ face au monde. Car l'efficacité de ce témoignage de l'Église du Christ dépend pour une part non négligeable de l'incarnation des commandements dans la vie et la pratique des vérités qu'elles confessent par les communautés chrétiennes.

2. Efforts pour rétablir l'unité

2.1. L'objectif le plus important des relations que l'Église orthodoxe entretient avec l'hétérodoxie est le rétablissement de l'unité des chrétiens (Jn 17, 21), qui entre dans le dessein divin et appartient à l'essence même du christianisme. C'est une tâche d'importance primordiale pour l'Église orthodoxe à tous les niveaux de son existence.

2.2. L'indifférence face à cette tâche ou son rejet constitue un péché contre le commandement divin de l'unité. Selon les paroles de saint Basile le Grand "ceux qui travaillent en sincérité et vérité pour le Seigneur doivent appliquer leurs efforts uniquement à ramener à l'unité de l'Église ceux qui sont divisés entre eux en fractions".

2.3. Néanmoins, tout en reconnaissant la nécessité de rétablir l'unité chrétienne détruite, l'Église orthodoxe affirme que l'unité authentique n'est possible que dans le sein de l'Église Une, Sainte, Catholique et Apostolique. Tous les autres "modèles" d'unité sont irrecevables.

2.4. L'Église orthodoxe ne peut admettre la thèse selon laquelle, en dépit des divisions historiques, l'unité de principe, l'unité de fond des chrétiens n'aurait pas été détruite. Selon cette théorie, l'Église coïnciderait avec l'ensemble du "monde chrétien", et l'unité chrétienne existerait par dessus les barrières dénominationnelles, la division des Églises n'affectant que le niveau imparfait des relations humaines. L'Église, affirme-t-on, demeure une, mais cette unité se manifeste insuffisamment dans des formes visibles. Dans ce modèle d'unité la tâche des chrétiens est comprise non comme le rétablissement d'une unité perdue, mais comme la manifestation d'une unité subsistant d'une manière inamissible. Ce modèle répète la doctrine protestante de "l'Église invisible".

2.5. Absolument inacceptable et liée avec celle qui vient d'être exposée, est la théorie dite "des branches", qui considère comme normale et providentielle l'existence du christianisme sous forme de "branches" distinctes.

2.6. Pour l'Orthodoxie l'affirmation selon laquelle les divisions des chrétiens sont une imperfection inévitable de l'histoire chrétienne, qu'elles n'existent qu'à la surface de l'histoire et qu'elles peuvent être guéries ou maîtrisées moyennant des compromis entre dénominations est inacceptable.

2.7. L'Église orthodoxe ne peut reconnaître l'"égalité des dénominations". Ceux qui ont déchu de l'Église ne peuvent lui être à nouveau unis dans l'état où ils se trouvent actuellement; les divergences dogmatiques existantes ne doivent pas seulement être surmontées, mais contournées. Cela signifie que le chemin de l'unité est un chemin de repentance, de conversion et de renouveau.

2.8. Inacceptable, également la pensée que toutes les divisions sont des malentendus tragiques, que les désaccords ne paraissent inconciliables que par manque d'amour mutuel et de compréhension, qu'en dépit de toute la différence et de toute la dissemblance il y a une unité et un accord suffisants "sur l'essentiel ". Les séparations ne peuvent pas être ramenées à des passions humaines, à l'égoïsme, ni à plus forte raison aux circonstances culturelles, sociales ou politiques. L'affirmation selon laquelle ce qui distingue l'Église orthodoxe des communautés chrétiennes avec lesquelles elle n'est pas en communion sont des questions d'un caractère secondaire, est tout aussi inacceptable. On n'a pas le droit de réduire toutes les divisions et les désaccords aux seuls facteurs non théologiques.

2.9. L'Église orthodoxe rejette également la thèse selon laquelle l'on ne peut restaurer l'unité du monde chrétien que par la voie d'un service commun du monde par les chrétiens. L'unité chrétienne ne peut pas être rétablie par une simple entente sur des questions séculières, grâce à laquelle les chrétiens apparaîtraient unis sur le secondaire et continueraient comme auparavant à diverger sur l'essentiel.

2.10. Il est inadmissible de limiter l'accord dans la foi à un cercle limité de vérités nécessaires, pour concéder au delà une "liberté dans les choses douteuses". L'attitude de tolérance à l'égard des divergences en matière de foi est de soi inacceptable. Ceci dit, il ne faut pas confondre l'unité de la foi et ses modes d'expressions;

2.11. La division du monde chrétien n'est pas seulement une division dans les formules doctrinales, mais aussi dans l'expérience de la foi. Il faut atteindre à un accord plein et sincère non seulement dans expression formelle de la foi, mais surtout dans son l'expérience même. L'unité formellement confessée dans le credo n'épuise pas l'unité de l'Église, encore qu'elle en constitue l'une des conditions nécessaires.

2.12. L'unité de l'Église est avant tout unité et communion dans les sacrements. Mais l'authentique communion dans les sacrements n'a rien de commun avec la pratique appelée "intercommunion". L'unité ne peut se réaliser que dans l'identité de l'expérience et de la vie dans la grâce, dans la foi de l'Église, dans la plénitude de la vie sacramentelle dans l'Esprit Saint.

2.13. La restauration de l'unité chrétienne dans la foi et l'amour ne peut venir que d'en haut, comme un don du Dieu Tout-Puissant. La source de l'unité est en Dieu et pour cette raison les seuls efforts humains en vue de son rétablissement seront vains, car "si le Seigneur ne bâtit la maison, c'est en vain que peinent les bâtisseurs" (Ps 126, 1). Seul notre Seigneur Jésus-Christ qui nous a donné le commandement de l'unité peut nous donner la force de l'accomplir, car Il est "le chemin, la vérité et la vie" (Jn 14, 6). Et la tâche des chrétiens orthodoxes est de collaborer avec Dieu à l'oeuvre du salut dans le Christ.

3. Le témoignage orthodoxe face au monde hétérodoxe

3.1. L'Église orthodoxe est la gardienne de la Tradition et des dons de grâce de l'Église ancienne; aussi considère-t-elle comme sa tâche principale dans ses relations avec l'hétérodoxie de porter un témoignage permanent et insistant qui amène à découvrir et à accueillir la vérité exprimée dans cette Tradition. "L'Église orthodoxe dans sa conviction profonde et sa conscience ecclésiale d'être dépositaire et témoin de la foi et de la Tradition de l'Église Une, Sainte, Catholique et Apostolique, croit fermement qu'elle occupe la place centrale dans l'oeuvre de promotion des chrétiens vers l'unité dans le monde contemporain, affirme la Résolution de la Troisième Conférence préconciliaire panorthodoxe (1986)... La mission et le devoir de l'Église orthodoxe est d'enseigner dans toute sa plénitude la vérité contenue dans la Sainte Écriture et la Sainte Tradition qui confère à l'Église son caractère universel... Cette responsabilité de l'Église orthodoxe, de même que sa mission oecuménique touchant l'unité de l'Église, ont été exprimées par les Conciles oecuméniques. Ils ont particulièrement souligné le lien entre la rectitude de la foi et la communion dans les sacrements. L'Église orthodoxe s'est toujours efforcée d'attirer les diverses Églises et confessions chrétiennes à la recherche commune de l'unité perdue des chrétiens, afin que tous parviennent à l'union dans la foi... ".

3.2. La responsabilité du témoignage orthodoxe repose sur chaque membre de l'Église. Les chrétiens orthodoxes doivent prendre conscience de ce que la foi conservée et professée par eux a un caractère mondial, universel. L'Église n'est pas appelée seulement à enseigner ses enfants, mais aussi à rendre témoignage à la vérité devant ceux qui l'ont quittée. "Mais comment invoquer Celui en qui l'on n'a pas cru? Comment croire en celui dont on n'a pas entendu parler? Comment entendre sans quelqu'un qui annonce?" (Rm 10, 14). Le devoir des chrétiens orthodoxes est de témoigner de la vérité qui a été confiée pour toujours à l'Église, car, selon l'expression de l'apôtre Paul "nous sommes les collaborateurs de Dieu" (1 Co 3, 9).


Basic Principles of the Attitude of the Russian Orthodox Church Toward the Other Christian Confessions (chapters 1-3)


1. The unity of the Church and the sin of human divisions

1.1. The Orthodox Church is the true Church of Christ established by our Lord and Saviour Himself, the Church confirmed and sustained by the Holy Spirit, the Church about which the Saviour Himself has said: "I will build my church; and the gates of hell shall not prevail against it" (Mt. 16:18). She is the One, Holy, Catholic and Apostolic Church, the keeper and provider of the Holy Sacraments throughout the world, "the pillar and ground of the truth" (1 Tim. 3:15). She bears full responsibility for the proclamation of the truth of Christ's Gospel, as well as full power to witness to "the faith which was once delivered unto the saints" (Jude 3).

1.2. The Church of Christ is one and unique (St. Cyprian of Carthage, On the Unity of the Church ). The unity of the Church, the Body of Christ, is based on the fact that she has one Head, the Lord Jesus Christ (Eph. 5:23), and that working in her is one Holy Spirit Who gives life to the Body of the Church and unites all her members with Christ as her Head.

1.3. The Church is the unity of a "new humanity in Christ". By His incarnation the Son of God "commenced afresh the long line of human beings "(St. Irenaeus of Lyons, Adversus Haereses , 3, 18), creating a new grace-bearing people, the spiritual posterity of the Second Adam. The unity of the Church is above every human and earthly union, for it has been given from above as a perfect and divine gift. The members of the Church are united in Christ like vines, rooted in Him and gathered in one eternal and spiritual life.

1.4. The unity of the Church overcomes all barriers and frontiers, including racial, linguistic and social differences. The message of salvation is to be proclaimed to all nations in order to bring them into one fold, to unite them by the power of faith and the grace of the Holy Spirit (Mt. 28:19-20; Mk. 16:15; Acts 1:8).

1.5. In the Church, enmity and alienation are overcome, and humanity, divided by sin, is united in love in the image of the Consubstantial Trinity.

1.6. The Church is the unity of the Spirit in the bond of peace (Eph. 4:3), the fullness of uninterrupted grace-filled life and spiritual experience. "Where the Church is, there is the Spirit of God; and where the Spirit of God is, there is the Church, and every kind of grace " (St. Irenaeus of Lyons, Adversus Haereses , 3, 24). This unity of grace-filled life is the foundation of the unity and changelessness of the Church's faith. Always and without change "the Holy Spirit teaches through the holy fathers and doctors. The Catholic Church cannot transgress or even err or utter falsehood instead of truth: for the Holy Spirit, who always acts through the faithfully serving fathers and doctors of the Church, guards her against every mistake" (The Letter of Eastern Patriarchs).

1.7. The Church is universal, but she exists in the world in the form of various Local Churches This does not diminish the unity of the Church in any way. "The Church, illumined with the light of the Lord, sheds forth her rays over the whole world, yet it is one light which is everywhere diffused, nor is the unity of the body separated. She spreads her branches, laden with fruit, over the whole world. He freely flowing streams extend to the farthest regions, and yet throughout all this her head is one, her source one, and she is one mother, rich in the abundance of her fruitfulness " (St. Cyprian of Carthage, On the Unity of the Church ).

1.8. Church unity is bound up inseparably with the Sacrament of the Eucharist, in which the faithful, partaking of the one Body of Christ, are really and truly joined in the one and catholic Body, in the mystery of Christ's love, in the transforming power of the Spirit. "Indeed, if 'we are all partakers of that one bread', then we all comprise one Body (1 Cor. 10:17), for Christ cannot be divided. That is why the Church is called the Body of Christ, while we are 'members in particular', according to the understanding of the apostle Paul (1 Cor. 12:27)" (St. Cyril of Alexandria).

1.9. The One, Holy, Catholic Church is the Apostolic Church. Through the divinely instituted priesthood the gifts of the Holy Spirit are communicated to the faithful. The apostolic succession of the hierarchy, beginning from the holy apostles, is the basis of the communion and unity of grace-filled life. Any deviation from the lawful Church authority is a deviation from the Holy Spirit, from Christ Himself. "See that you all follow the bishop, even as Jesus Christ does the Father, and the presbytery as you would the apostles; and reverence the deacons, as being the institution of God. Let no man do anything connected with the Church without the bishop. <.> Wherever the bishop shall appear, there let the multitude of the people also be; even as, wherever Jesus Christ is, there is the Catholic Church" . (St. Ignatius of Antioch, To the Smyrnians, 8).

1.10. It is only through relationship with a particular community that each member of the Church realises his communion with the whole Church. By breaking canonical relations with his Local Church a Christian damages his grace-filled unity with the whole Church body, tearing himself away from it. Any sin distances a person from the Church to a greater or lesser degree, but it does not cut him off from her altogether. In the understanding of the Early Church, excommunication was exclusion from the eucharistic assembly. Those excommunicated, however, were never re-admitted to Church communion through re-baptism. Faith in the indelible nature of baptism is confessed in the Nicean-Constantinopolitan Creed: "I acknowledge one baptism for the remission of sin" . Apostolic Canon 47 reads: "Let a bishop or presbyter who shall baptise again one who has rightly received baptism. be deposed" .

1.11. In this way the Church bore witness that those who have been excommunicated retain a certain "seal" of belonging to the people of God. By accepting them back the Church brings back to life those who have already been baptised by the Spirit into the one Body. Even while excommunicating one of her members, sealed by her on the day of his baptism, the Church hopes for his return. She considers excommunication itself to be a means of spiritual rebirth for such person.

1.12. Throughout centuries Christ's commandment of unity has been repeatedly violated. Contrary to the catholic unanimity enjoined by God, differences and divisions have arisen in Christianity. The Church has always shown a strict and principled attitude towards those who have challenged the purity of her saving faith and those who have brought division and confusion into the Church: "Why are there strifes, and tumults, and divisions, and schisms, and wars among you? Have we not [all] one God and one Christ? Is there not one Spirit of grace poured out upon us? And have we not one calling in Christ? Why do we divide and tear to pieces the members of Christ, and raise up strife against our own body, and have reached such a height of madness as to forget that we are members one of another?" (St. Clement of Rome. First Letter to the Corinthians , 46).

1.13. Throughout Christian history, not only individual Christians but also entire Christian communities moved away from the unity with the Orthodox Church. Some of them have perished in course of history, while others have survived through the centuries. The most fundamental divisions of the first millennium, which have survived to this day, took place after the Third and Fourth Ecumenical Councils, when some Christian communities refused to accept their decisions. As a result, the Assyrian Church of the East and the non-Chalcedonian Churches, including the Coptic, Armenian, Syrian Jacobite, Ethiopian and Malabar Churches, are separated even today. In the second millennium, the separation of the Roman Church was followed by internal divisions in Western Christianity, brought about by the Reformation, which resulted in the continual formation of different Christian denominations outside of communion with the Roman see. There were also breakaways from the unity with Local Orthodox Churches, including the Russian Church.

1.14. Delusions and heresies result from a person's desire to assert himself and set himself apart. Every division or schism implies a certain measure of falling away from the plenitude of the Church. A division, even if it happens for non-doctrinal reasons, is a violation of Orthodox teaching on the nature of the Church and leads ultimately to distortions in the faith.

1.15. The Orthodox Church, through the mouths of the holy fathers, affirms that salvation can be attained only in the Church of Christ. At the same time however, communities which have fallen away from Orthodoxy have never been viewed as fully deprived of the grace of God. Any break from communion with the Church inevitably leads to an erosion of her grace-filled life, but not always to its complete loss in these separated communities. This is why the Orthodox Church does not receive those coming to her from non-Orthodox communities only through the Sacrament of Baptism. In spite of the rupture of unity, there remains a certain incomplete fellowship which serves as the pledge of a return to unity in the Church, to catholic fullness and oneness.

1.16. The ecclesial status of those who have separated themselves from the Church does not lend itself to simple definition. In a divided Christendom, there are still certain characteristics which make it one: the Word of God, faith in Christ as God and Saviour come in the flesh (1 Jn. 1:1-2; 4, 2, 9), and sincere devotion.

1.17. The existence of various rites of reception (through Baptism, through Chrismation, through Repentance) shows that the Orthodox Church relates to the different non-Orthodox confessions in different ways. The criterion is the degree to which the faith and order of the Church, as well as the norms of Christian spiritual life, are preserved in a particular confession. By establishing various rites of reception, however, the Orthodox Church does not assess the extent to which grace-filled life has either been preserved intact or distorted in a non-Orthodox confession, considering this to be a mystery of God's providence and judgement.

1.18. The Orthodox Church is the true Church in which the Holy Tradition and the fullness of God's saving grace are preserved intact. She has preserved the heritage of the apostles and holy fathers in its integrity and purity. She is aware that her teaching, liturgical structures and spiritual practice are the same as those of the apostolic proclamation and the Tradition of the Early Church.

1.19. Orthodoxy is not a national or cultural attribute of the Eastern Church. Orthodoxy is an inner quality of the Church. It is the preservation of the doctrinal truth, the liturgical and hierarchical order and the principles of spiritual life which, unchangingly and uninterruptedly, have been present in the Church since apostolic times. One should not yield to the temptation to idealize the past or to ignore the tragic shortcomings and failures which marked the history of the Church. Above all the great fathers of the Church themselves give an example of spiritual self-criticism. The history of the Church in the IV-VII centuries knew of not a few cases when a significant proportion of believers fell into heresy. But history also reveals that the Church struggled on principled terms with the heresies that were infecting her children and that there were cases where those who had gone astray were healed of heresy, experienced repentance and returned to the bosom of the Church. This tragic experience of misunderstanding emerging from within the Church herself and of the struggle with it during the period of the ecumenical councils has taught the children of the Orthodox Church to be vigilant. The Orthodox Church, while humbly bearing witness to her preservation of the truth, at the same time remembers all the temptations which arose during her history.

1.20. Due to the violation of the commandment of unity which has led to the historical tragedy of schism, divided Christians, instead of being an example of unity in love in the image of the Most Holy Trinity, have become a source of scandal. Christian division has become an open and bleeding wound on the Body of Christ. The tragedy of divisions has become a serious visible distortion of Christian universality, an obstacle in the way of her witness to Christ before the world. For the reality of this witness of the Church of Christ depends to a considerable degree on her ability to live up to the truths preached by her in the life and practice of Christian communities.

2. The quest for the restoration of the unity

2.1. The essential goal of relations between the Orthodox Church and other Christian confessions is the restoration of that unity among Christians which is required of us by God (Jn. 17:21). Unity is part of God's design and belongs to the very essence of Christianity. It is a task of the highest priority for the Orthodox Church at every level of her life.

2.2. Indifference to this task or its rejection is a sin against God's commandment of unity. According to St. Basil the Great, "all who are really and truly serving the Lord should have this one aim - to bring back into union the Churches that have been severed from one another" (Letters , 114).

2.3. Nevertheless, while recognising the need to restore our broken Christian unity, the Orthodox Church asserts that genuine unity is possible only in the bosom of the One, Holy, Catholic and Apostolic Church. All other "models" of unity seem to us to be unacceptable.

2.4. The Orthodox Church cannot accept the assumption that despite the historical divisions, the fundamental and profound unity of Christians has not been broken and that the Church should be understood as coextensive with the entire "Christian world", that Christian unity exists across denominational barriers and that the disunity of the churches belongs exclusively to the imperfect level of human relations. According to this conception, the Church remains one, but this oneness is not, as it were, sufficiently manifest in visible form. In this model of unity, the task of Christians is understood not as the restoration of a lost unity but as the manifestation of an existing unity. This model repeats the teaching on "the invisible Church" which appeared during the Reformation.

2.5. The so-called "branch theory", which is connected with the conception referred to above and asserts the normal and even providential nature of Christianity existing in the form of particular "branches", is also totally unacceptable.

2.6. Orthodoxy cannot accept that Christian divisions are caused by the inevitable imperfections of Christian history and that they exist only on the historical surface and can be healed or overcome by compromises between denominations.

2.7. The Orthodox Church cannot recognise "the equality of the denominations". Those who have fallen away from the Church cannot re-unite with her in their present state. The existing dogmatic differences should be overcome, not simply bypassed, and this means that the way to unity lies through repentance, conversion and renewal.

2.8. Also unacceptable is the idea that all the divisions are essentially tragic misunderstandings, that disagreements seem irreconcilable only because of a lack of mutual love and a reluctance to realise that, in spite of all the differences and dissimilarities, there is sufficient unity and harmony in "what is most important". Our divisions cannot be reduced to human passions, to egoism, much less to cultural, social and political circumstances which are secondary from the Church's point of view. Also unacceptable is the argument that the Orthodox Church differs from other Christian communities with which she does not have communion only in secondary matters. The divisions and differences cannot all be reduced to various non-theological factors.

2.9. The Orthodox Church also rejects the assumption that the unity of Christendom can only be restored through common Christian service to the world. Christian unity cannot be restored through agreement on earthly matters, in which case Christians would be united in what is secondary but still differ in what is fundamental.

2.10. It is inadmissible to introduce relativism into the realm of faith, to limit unity in faith to a narrow set of necessary truths so that beyond them "freedom in what is doubtful" may be allowed. Even a position of tolerance towards differences in faith is unacceptable. At the same time, however, one should not confuse unity of faith and the form of its expression.

2.11. The division of Christendom is a division in the experience of faith itself, not just in doctrinal formulations. Formal doctrinal unity does not exhaust what is meant by the unity of the Church, though it is one of its essential conditions.

2.12. The unity of the Church is first of all a unity and communion in the Sacraments. True communion in the Sacraments, however, does not have anything to do with the practice of so-called "inter-communion". Unity can be realized only in an identical grace-filled experience and life, in the faith of the Church, in the fullness of sacramental life in the Holy Spirit.

2.13. The restoration of Christian unity in faith and love can come only from above as a gift of Almighty God. The source of unity is in God, and therefore merely human efforts to restore it will be in vain, for "except the Lord build the house, they labour in vain that build it" (Ps. 127:1). Only our Lord Jesus Christ, Who has commanded us to be one, can give us the power to fulfill his commandment, for He is "the way, the truth, and the life" (Jn. 14:6). The task of Orthodox Christians is to be co-workers with God in the task of salvation in Christ. As the holy fathers have said: God saves us, but not without us.

3. Orthodox witness before the non-Orthodox world

3.1. The Orthodox Church is the guardian of the Tradition and the grace-filled gifts of the Early Church. Her primary task, therefore, in her relations with non-Orthodox confessions is to bear continuous and persistent witness which will lead to the truth expressed in this Tradition becoming understandable and acceptable. According to the Third Pre-Conciliar Panorthodox Conference (1986): "The Orthodox Church, in her profound conviction and ecclesiastical consciousness of being the bearer of and the witness to the faith and tradition of the One, Holy, Catholic and Apostolic Church, firmly believes that she occupies a central place in matters relating to the promotion of Christian unity within the contemporary world.It is the mission and duty of the Orthodox Church to transmit, in all its fullness, the truth contained in the Holy Scripture and the Holy Tradition, the truth which gives to the Church her universal character. The responsibility of the Orthodox Church, as well as her ecumenical mission regarding Church unity, were expressed by the Ecumenical Councils. These, in particular, stressed the indissoluble link existing between true faith and sacramental communion. The Orthodox Church has always sought to draw the different Christian Churches and confessions into a joint search for the lost unity of Christians, so that all might reach the unity of faith."

3.2. The task of the Orthodox witness is entrusted to every member of the Church. Orthodox Christians should clearly realise that the faith they preserve and confess has a global and universal character. The Church is not only called to teach her children, but also to witness to the truth before those who have left her. "How then shall they call on him in whom they have not believed? And how shall they believe in him of whom they have not heard? And how shall they hear without a preacher?" (Rom. 10:14). The duty of Orthodox Christians is to bear witness to the truth that has been entrusted to the Church for ever, since, according to St. Paul, "we are labourers together with God" (1 Cor. 3:9).

(To be continued)


Grundprinzipien der Beziehung der Russischen Orthodoxen Kirche zu Andersgläubigen (1-3)

1. Die Einheit der Kirche und die Sünde menschlicher Spaltungen

1.1. Die Orthodoxe Kirche ist die wahre Kirche Christi, die von unserem Herrn und Retter Selbst geschaffen ist, die Kirche, die vom Heiligen Geist gefestigt und erfüllt ist, die Kirche, über die der Retter Selbst gesagt hat: "Ich werde meine Kirche bauen, und die Pforten der Unterwelt werden sie nicht überwältigen" (Mt 16,18). Sie ist die Eine, Heilige, Allumfassende (Katholische) und Apostolische Kirche, Hüterin und Spenderin der Heiligen Sakramente in der ganzen Welt, "Säule und Feste der Wahrheit" (1 Tim 3,15). Sie trägt die Fülle der Verantwortung für die Ausbreitung der Wahrheit des Evangeliums Christi, ebenso auch die Fülle der Vollmacht, den Glauben zu bezeugen, der "einstmals den Heiligen anvertraut wurde" (Jud 3).

1.2. Die Kirche Christi ist die eine und einzige Kirche (hl. Cyprian von Karthago, "Von der Einheit der Kirche"). Die Einheit der Kirche - des Leibes Christi - gründet darin, daß sie ein Haupt hat, den Herrn Jesus Christus (Eph 5, 23), und daß ein Heiliger Geist in ihr wirkt, der den Leib der Kirche belebt und all ihre Glieder mit Christus, ihrem Haupt, vereint.

1.3. Die Kirche ist die Einheit des "neuen Menschen in Christus". Durch Seine Fleischwerdung und Menschwerdung hat der Sohn Gottes "von Neuem eine lange Aufeinanderfolge menschlicher Wesen begonnen" (hl. Irenäus von Lyon), indem Er ein neues, gesegnetes Volk erschuf, die geistliche Nachkommenschaft des Zweiten Adam. Die Einheit der Kirche überragt jede menschliche und irdische Einheit, sie ist von oben als vollkommene und göttliche Gabe gegeben. Die Glieder der Kirche sind in Christus durch Ihn Selbst geeint, geeint wie Weinreben, in Ihm eingewurzelt und in die Einheit des ewigen und geistlichen Lebens gesammelt.

1.4. Die Einheit der Kirche überwindet Barrieren und Grenzen, einschließlich die der Rassen, der Sprachen, der sozialen Unterschiede. Die Frohe Botschaft der Rettung muß allen Völkern verkündet werden, um sie dem einen Schoß zuzuführen, sie zu einen in der Kraft des Glaubens, durch die Gnade des Heiligen Geistes (Mt 28,19-20; Mk 16,15; Apg 1,8).

1.5. In der Kirche sind Feindschaft und Entfremdung überwunden, vollzieht sich in Liebe die Einung der durch die Sünde getrennten Menschheit nach dem Bild der Wesenseinen Dreifaltigkeit.

1.6. Die Kirche ist die Einheit des Geistes im Bund des Friedens (Eph 4,3), die Fülle und Beständigkeit des Gnadenlebens und der geistlichen Erfahrung. "Wo die Kirche ist, da ist auch der Geist Gottes, und wo der Geist Gottes ist, dort ist auch die Kirche und jegliche Gnade" (hl. Irenäus von Lyon, "Adversus haereses", Buch 3, Kap. XXIV). In der Einheit des Gnadenlebens gründet die Einheit und Unveränderlichkeit des kirchlichen Glaubens. Immer und unveränderlich "belehrt der Heilige Geist die Kirche mit Hilfe der heiligen Väter und Lehrer. Die katholische Kirche kann nicht sündigen oder sich irren und lügen, anstatt die Wahrheit zu sagen: denn der Heilige Geist, der immer durch die treu ergebenen Väter und Lehrer der Kirche am Werk ist, behütet sie vor jeglichem Irrtum" (Schreiben der Östlichen Patriarchen).

1.7. Die Kirche besitzt einen universalen Charakter - sie existiert in der Welt in Gestalt verschiedener Lokalkirchen, doch die Einheit der Kirche wird dabei nicht im geringsten beeinträchtigt. "Die vom Licht des Herrn erleuchtete Kirche breitet ihre Strahlen über die ganze Welt aus; das Licht aber, das sich überallhin ergießt, ist eins, und die Einheit des Leibes bleibt ungeteilt. Über die ganze Erde breitet sie ihre mit Früchten beladenen Zweige aus; ihre überreichen Ströme fließen in den weiten Raum - bei all dem bleibt das Haupt eins, ein Anfang, eine Mutter, die reich ist am Überfluß ihrer Fruchtbarkeit" (hl. Cyprian von Karthago, "Von der Einheit der Kirche").

1.8. Die kirchliche Einheit ist untrennbar mit dem Sakrament der Eucharistie verbunden, in dem die Gläubigen an dem Einen Leib Christi teilhaben und sich so wahrhaft und wirklich im Sakrament der Liebe Christi, in der verklärenden Kraft des Geistes zu einem katholischen Leib verbinden. "Wenn wir ja ,alle an dem einen Brot teilhaben', dann bilden alle einen Leib (1 Kor 10, 17), denn Christus kann nicht geteilt sein. Deshalb wird die Kirche auch Leib Christi genannt, und wir sind, nach Auffassung des Apostels Paulus, die einzelnen Glieder (1 Kor 12, 27)" (hl. Kyrill von Alexandrien).

1.9. Die Eine, Heilige, Allumfassende Kirche ist die Apostolische Kirche. Durch das von Gott eingesetzte Priestertum werden die Gaben des Heiligen Geistes den Gläubigen mitgeteilt. Die apostolische Sukzession der Hierarchie von den heiligen Aposteln her ist das Fundament der Gemeinsamkeit und der Einheit des Gnadenlebens. Sich von der rechtmäßigen Hierarchie loszusagen, bedeutet, sich vom Heiligen Geist, von Christus Selbst loszusagen. "Alle sollt ihr dem Bischof folgen, wie Christus dem Vater, und folgt den Presbytern wie den Aposteln. Die Diakone aber ehrt wie das Gebot Gottes. Ohne den Bischof soll niemand etwas tun, was sich auf die Kirche bezieht. (...) Wo der Bischof ist, dort soll auch das Volk sein, ebenso wie dort, wo Christus ist, auch die katholische Kirche ist" (hl. Ignatius von Antiochien an die Smyrnäer, 8).

1.10. Nur durch die Verbindung mit einer konkreten Gemeinde verwirklicht sich für jedes Glied der Kirche die Gemeinschaft mit der ganzen Kirche. Wenn ein Christ die kanonischen Beziehungen mit seiner Lokalkirche verletzt, schädigt er damit zugleich seine segensreiche Einheit mit dem ganzen Leib der Kirche, reißt er sich von ihm los. Jede beliebige Sünde entfernt im einen oder anderen Maße von der Kirche, wenn sie auch nicht völlig von ihrer Fülle ausschließt. Im Verständnis der Alten Kirche war die Exkommunikation ein Ausschluß aus der eucharistischen Versammlung. Doch die Wiederaufnahme eines Ausgeschlossenen in die kirchliche Gemeinschaft vollzog sich niemals durch eine Wiederholung der Taufe. Der Glaube an die Unauslöschlichkeit der Taufe wird im Glaubensbekenntnis von Nicäa-Konstantinopel bekannt: "Ich glaube an die eine Taufe zur Nachlassung der Sünden" . Der 47. Apostolische Kanon (Apostolische Konstitutionen, Buch VIII, Kap. 47) lautet: "Wenn ein Bischof oder Presbyter jemanden von neuem tauft, der in Wahrheit die Taufe besitzt ..., dann sei er ausgeschlossen" .

1.11. Dadurch bezeugte die Kirche, daß ein Ausgeschlossener das "Siegel" der Zugehörigkeit zum Volk Gottes bewahrt. Indem die Kirche einen Ausgeschlossenen wieder aufnimmt, bringt sie jemanden zum Leben zurück, der schon durch den Geist in den einen Leib getauft worden war. Indem sie aus ihrer Gemeinschaft ein Glied ausschließt, das am Tag seiner Taufe von ihr besiegelt worden ist, hofft die Kirche auf seine Rückkehr. Sie betrachtet die Exkommunikation selbst als Mittel zur geistlichen Wiedergeburt des Ausgeschlossenen.

1.12. Im Verlauf der Jahrhunderte ist das Gebot Christi zur Einheit mehrfach verletzt worden. Trotz der von Gott gebotenen katholischen Einmütigkeit und Eintracht sind im Christentum Meinungsverschiedenheiten und Spaltungen entstanden. Die Kirche hat sich immer streng und grundsätzlich verhalten, sowohl dem gegenüber, der gegen die Reinheit des rettenden Glaubens auftrat, als auch dem gegenber, der Spaltung und Unruhe in die Kirche hineintrug: "Wozu sind bei euch Streit, Empörung, Uneinigkeit, Spaltung und Zank? Haben wir nicht einen Gott und einen Christus, und einen Geist der Gnade, der über uns ausgegossen ist, und eine Berufung in Christus? Wozu reißen wir die Glieder Christi auseinander und scheiden sie voneinander, erheben wir uns gegen den eigenen Leib und gelangen zu einem solchen Unverstand, daß wir sogar vergessen, daß wir füreinander Glieder sind?" (hl. Klemens von Rom, Schreiben an die Korinther I,46).

1.13. Im Verlauf der christlichen Geschichte haben sich von der Einheit mit der Orthodoxen Kirche nicht nur einzelne Christen, sondern auch ganze christliche Gemeinschaften abgespalten. Einige von ihnen sind im Laufe der Geschichte verschwunden, andere aber haben sich im Verlauf der Jahrhunderte erhalten. Die größten bestehenden Spaltungen des ersten Jahrtausends, die bis heute andauern, vollzogen sich, als ein Teil der christlichen Gemeinden die Entscheidungen des III. und IV. Ökumenischen Konzils nicht annahm. Infolgedessen traten die bis heute existierenden Kirchen in ihrem Zustand der Trennung zutage: die Assyrische Kirche des Ostens, die vorchalcedonensischen Kirchen - die Koptische, Armenische, Syrisch-Jakobitische, Äthiopische und Malabarische Kirche. Im zweiten Jahrtausend folgten auf die Abspaltung der Römischen Kirche Spaltungen innerhalb der westlichen Christenheit, die mit der Reformation verbunden waren und zu einem unaufhörlichen Prozeß der Bildung einer Vielzahl christlicher Denominationen führten, die sich nicht in Gemeinschaft mit dem Römischen Stuhl befinden. Es entstanden auch Abspaltungen von der Einheit mit den Orthodoxen Lokalkirchen, darunter auch von der Russischen Orthodoxen Kirche.

1.14. Irrtümer und Häresien sind die Folge einer egoistischen Selbstbehauptung und Absonderung. Jede Spaltung oder jedes Schisma führt im einen oder anderen Maße zum Abfall von der kirchlichen Fülle. Eine Spaltung, selbst wenn sie nicht aus Gründen der Glaubenslehre erfolgt, verletzt die Lehre von der Kirche und führt im Endergebnis zu Entstellungen des Glaubens.

1.15. Die Orthodoxe Kirche bekräftigt durch den Mund der heiligen Väter, daß die Rettung nur in der Kirche Christi erlangt werden kann. Gleichzeitig aber sind die Gemeinden, die aus der Einheit mit der Orthodoxie herausgefallen sind, niemals als vollständig der Gnade Christi beraubt betrachtet worden. Der Bruch der kirchlichen Gemeinschaft führt notwendig zur Schädigung des Gnadenlebens, doch nicht immer zu dessen vollständigem Verschwinden in den abgetrennten Gemeinden. Gerade damit ist die Praxis verbunden, diejenigen, die aus andersgläubigen Gemeinschaften in die Orthodoxe Kirche kommen, nicht einfach durch das Sakrament der Taufe aufzunehmen. Ungeachtet der zerbrochenen Einheit bleibt eine gewisse unvollständige Gemeinschaft bestehen, die als Unterpfand der Möglichkeit dient, zur Einheit in der Kirche, in die katholische Fülle und Einheit zurückzukehren.

1.16. Die kirchliche Stellung derer, die sich abgespalten haben, läßt sich nicht eindeutig bestimmen. In der getrennten christlichen Welt gibt es einige Merkmale, die sie auf die Einheit hinordnen: das Wort Gottes, der Glaube an Christus als Gott und Retter, der im Fleisch gekommen ist (1 Joh 1,1-2; 4,2.9), und aufrichtige Frömmigkeit.

1.17. Daß es verschiedene Aufnahmeriten gibt (durch Taufe, Myronsalbung, Beichte), zeigt, daß die Orthodoxe Kirche andersgläubige Konfessionen differenziert behandelt. Kriterium ist der Grad, in dem der Glaube und die Kirchenordnung und die Norm des geistlichen christlichen Lebens bewahrt sind. Indem die Orthodoxe Kirche verschiedene Aufnahmeriten festsetzt, fällt sie jedoch kein Urteil über das Maß der Bewahrung oder Verletzung des Gnadenlebens bei den Andersgläubigen, denn sie betrachtet dies als Geheimnis der Vorsehung und des göttlichen Gerichts.

1.18. Die Orthodoxe Kirche ist die wahre Kirche, in der die Heilige Überlieferung und die Fülle der rettenden Gnade Gottes unverletzt bewahrt sind. Sie hat das heilige Erbe der Apostel und heiligen Väter in seiner Ganzheit und Reinheit bewahrt. Sie weiß sich in Übereinstimmung mit der apostolischen Frohbotschaft und der Überlieferung der Alten Kirche in ihrer Lehre, ihrer gottesdienstlichen Struktur und ihrer geistlichen Praxis.

1.19. Die Orthodoxie ist kein "national-kultureller Bestandteil" der Ostkirche. Die Orthodoxie ist die innere Qualität der Kirche, die Bewahrung der Wahrheit der Glaubenslehre, der gottesdienstlichen und hierarchischen Ordnung und der Prinzipien des geistlichen Lebens, die seit den Zeiten der Apostel ununterbrochen und unverändert in der Kirche vorhanden sind. Man darf nicht der Versuchung erliegen, die Vergangenheit zu idealisieren oder die tragischen Mängel und Mißerfolge zu ignorieren, die es in der Geschichte der Kirche gegeben hat. Ein Vorbild der geistlichen Selbstkritik geben uns vor allem die großen Kirchenväter. Die Kirchengeschichte kennt nicht wenig Fälle, in denen ein bedeutender Teil des Kirchenvolks einer Häresie verfiel. Sie kennt aber auch den grundsätzlichen Kampf der Kirche gegen die Häresie, und sie kennt ebenso die Erfahrung der Heilung derjenigen, die einmal der Häresie verfallen waren, die Erfahrung der Reue und der Rückkehr in den Schoß der Kirche. Gerade die tragische Erfahrung, daß ein unrichtiges Denken im Inneren der Kirche selbst in Erscheinung tritt, und die Erfahrung des Kampfes damit hat die Kinder der Orthodoxen Kirche Wachsamkeit gelehrt. Die Orthodoxe Kirche, die demütig bezeugt, daß sie die Wahrheit bewahrt, erinnert sich gleichzeitig an alle historisch aufgetretenen Versuchungen.

1.20. Weil das Gebot zur Einheit verletzt und so die historische Tragödie des Schismas hervorgerufen wurde, sind die zerspaltenen Christen, anstatt Beispiel der Einheit in Liebe nach dem Bild der Allerheiligsten Dreifaltigkeit zu sein, zu einer Quelle der Versuchung geworden. Die Gespaltenheit der Christen wurde zur offenen und blutenden Wunde am Leib Christi. Die Tragödie der Spaltungen wurde zu einer ernsten sichtbaren Entstellung des christlichen Universalismus, zum Hindernis im Werk der Bezeugung Christi vor der Welt. Denn die Wirksamkeit dieses Zeugnisses der Kirche Christi hängt in nicht geringem Maße von der Fleischwerdung der durch sie verkündeten Wahrheiten im Leben und in der Praxis der christlichen Gemeinden ab.

2. Das Streben nach Wiederherstellung der Einheit

2.1. Das wichtigste Ziel in den Beziehungen der Orthodoxen Kirche zu Andersgläubigen ist die Wiederherstellung der von Gott gebotenen Einheit der Christen (Joh 17,21), die in den Göttlichen Plan eingeht und zum Wesen des Christentums selbst gehört. Diese Aufgabe ist von erstrangiger Bedeutung für die Orthodoxe Kirche auf allen Ebenen ihres Daseins.

2.2. Gleichgültigkeit in Bezug auf diese Aufgabe oder ihre Ablehnung ist eine Sünde gegen das Gebot Gottes zur Einheit. Nach den Worten des hl. Bischofs Basilius' des Großen "müssen diejenigen, die aufrichtig und wahrhaft für den Herrn arbeiten, ihr Bemühen einzig darauf lenken, die Kirchen wieder zur Einheit zurückzubringen, die in so vielfacher Weise untereinander zerspalten sind".

2.3. Doch indem sie die Wiederherstellung der zerstörten christlichen Einheit als notwendig anerkennt, bekräftigt die Orthodoxe Kirche, daß die wahre Einheit nur im Schoß der Einen, Heiligen, Allumfassenden und Apostolischen Kirche möglich ist. Alle anderen "Modelle" der Einheit sind unannehmbar.

2.4. Die Orthodoxe Kirche kann die These nicht annehmen, daß ungeachtet der historischen Spaltungen die grundlegende tiefere Einheit der Christen angeblich nicht verletzt worden sei und daß die Kirche so verstanden werden müsse, als falle sie mit der gesamten "christlichen Welt" zusammen, daß die christliche Einheit angeblich über die Barrieren der Denominationen hinaus existiere und die Zerspaltenheit der Kirchen ausschließlich auf das unvollkommene Niveau der menschlichen Beziehungen zurückzuführen sei. Nach dieser Konzeption bleibt die Kirche eine, diese Einheit tritt jedoch nur unzureichend in sichtbaren Formen in Erscheinung. In einem solchen Einheitsmodell wird die Aufgabe der Christen nicht als Wiederherstellung der verlorenen Einheit verstanden, sondern als Aufdeckung einer Einheit, die unverrückbar existiert. In diesem Modell wiederholt sich die in der Reformation aufgekommene Lehre von der "unsichtbaren Kirche".

2.5. Vollkommen unannehmbar und mit der oben dargelegten Konzeption verbunden ist die sogenannte "Zweigtheorie", die die Normalität und sogar Providentialität eines Christentums behauptet, das in der Gestalt einzelner "Zweige" existiert.

2.6. Für die Orthodoxie ist die Behauptung unannehmbar, daß die christlichen Spaltungen eine unvermeidliche Unvollkommenheit der christlichen Geschichte seien, daß sie nur an der geschichtlichen Oberfläche existierten und mit Hilfe von kompromißhaften Übereinkünften der Denominationen untereinander geheilt oder überwunden werden könnten.

2.7. Die Orthodoxe Kirche kann keine "Gleichheit der Denominationen" anerkennen. Die von der Kirche Abgefallenen können nicht in dem Zustand mit ihr wieder vereinigt werden, in dem sie sich jetzt befinden, die vorhandenen dogmatischen Divergenzen müssen überwunden und dürfen nicht einfach umgangen werden. Das bedeutet, daß der Weg zur Einheit ein Weg der Reue, der Umkehr und der Erneuerung ist.

2.8. Unannehmbar ist der Gedanke, alle Spaltungen seien nur tragische Mißverständnisse, die Uneinigkeiten erschienen nur aus Mangel an Nächstenliebe, aus fehlendem Willen zum Verstehen, als unversöhnlich, bei aller Unterschiedenheit und Unähnlichkeit bestünde eine hinreichende Einheit und Übereinstimmung "im Wesentlichen". Die Spaltungen können nicht auf menschliche Leidenschaften, Egoismus oder gar auf kulturelle, soziale oder politische Umstände zurückgeführt werden. Ebenso unannehmbar ist die Behauptung, daß es Fragen zweitrangigen Charakters sind, die die Orthodoxe Kirche von denjenigen christlichen Gemeinschaften unterscheiden, mit denen sie nicht in Communio steht. Man kann nicht alle Spaltungen und Meinungsverschiedenheiten auf verschiedene nicht-theologische Faktoren zurückführen.

2.9. Die Orthodoxe Kirche weist auch die These zurück, daß es genüge, die Einheit der christlichen Welt auf dem Weg des gemeinsamen christlichen Dienstes für den Frieden wiederherzustellen. Die christliche Einheit kann nicht durch eine Übereinstimmung in weltlichen Fragen wiederhergestellt werden, bei der die Christen sich im Zweitrangigen einig und im Grundsätzlichen nach wie vor uneinig sind.

2.10. Unzulässig ist es, die Übereinstimmung im Glauben auf einen engen Kreis unumgänglicher Wahrheiten zu beschränken, um außerhalb ihrer Grenzen eine "Freiheit im Zweifelhaften" zuzulassen. Unannehmbar ist die grundsätzliche Einstellung der Toleranz gegenüber unterschiedlichen Auffassungen im Glauben. Dabei dürfen jedoch die Einheit des Glaubens und die Formen seines Ausdrucks nicht vermischt werden.

2.11. Die Spaltung der christlichen Welt ist eine Spaltung in der Glaubenserfahrung selbst, nicht nur in Lehrformulierungen. Es muß eine volle und aufrichtige Übereinstimmung in der eigentlichen Glaubenserfahrung und nicht nur in ihrem formalen Ausdruck erlangt werden. Die formale Einheit des Glaubensbekenntnisses schöpft die Einheit der Kirche nicht aus, wenngleich sie eine ihrer notwendigen Bedingungen ist.

2.12. Die Einheit der Kirche ist vor allem Einheit und Gemeinschaft in den Sakramenten. Aber die wahrhafte Gemeinschaft in den Sakramenten hat nichts mit der Praxis der sogenannten "Interkommunion" gemein. Einheit kann nur verwirklicht werden in der Übereinstimmung der Gnadenerfahrung und des Lebens, im Glauben der Kirche, in der Fülle des sakramentalen Lebens im Heiligen Geist.

2.13. Die Wiederherstellung der christlichen Einheit im Glauben und in der Liebe kann nur von oben kommen, als Gabe des Allmächtigen Gottes. Die Quelle der Einheit ist in Gott, und deshalb werden alle bloß menschlichen Bemühungen zu ihrer Wiederherstellung vergeblich sein, denn "wenn nicht der Herr das Haus errichtet, mühen sich vergeblich, die daran bauen" (Ps 126 [127],1). Nur unser Herr Jesus Christus, der uns das Gebot zur Einheit gegeben hat, ist es auch, Der uns die Kräfte zu seiner Erfüllung schenken kann, denn Er ist "der Weg, die Wahrheit und das Leben" (Joh 14,6). Aufgabe der orthodoxen Christen aber ist es, mit Gott am Werk der Rettung in Christus mitzuarbeiten.

3. Das Orthodoxe Zeugnis für die andersgläubige Welt

3.1. Die Orthodoxe Kirche ist die Hüterin der Überlieferung und der Gnadengaben der Alten Kirche, und deshalb sieht sie ihre Hauptaufgabe in den Beziehungen zu Andersgläubigen in dem beständigen und nachdrücklichen Zeugnis, das zur Erschließung und Annahme der Wahrheit führt, die in dieser Überlieferung Ausdruck findet. Wie es im Beschluß der Dritten Vorkonziliaren Panorthodoxen Konferenz (1986) heißt: "In der tiefen Überzeugung und in dem kirchlichen Selbstbewußtsein, daß sie Trägerin und Zeugin des Glaubens und der Überlieferung der Einen, Heiligen, Allumfassenden und Apostolischen Kirche ist, glaubt die Orthodoxe Kirche fest, daß sie in der gegenwärtigen Welt einen zentralen Platz im Werk der Bewegung auf die Einheit der Christen hin einnimmt ... Mission und Pflicht der Orthodoxen Kirche ist die Unterweisung in der ganzen Fülle der Wahrheit, die in der Heiligen Schrift und der Heiligen Überlieferung enthalten ist und die der Kirche ihren universalen Charakter verleiht ... Diese Verantwortung der Orthodoxen Kirche, ebenso wie auch ihre ökumenische Mission in Bezug auf die Einheit der Kirche, sind auf den Ökumenischen Konzilien zum Ausdruck gebracht worden. Diese Konzilien haben insbesondere die untrennbare Verbindung des rechten Glaubens mit der Gemeinschaft in den Sakramenten betont. Die Orthodoxe Kirche hat sich immer bemüht, die verschiedenen christlichen Kirchen und Konfessionen zur gemeinsamen Suche nach der verlorenen Einheit der Christen heranzuziehen, auf daß alle zur Vereinigung des Glaubens gelangen ...".

3.2. Der Auftrag zum orthodoxen Zeugnis ist jedem Glied der Kirche auferlegt. Die orthodoxen Christen müssen sich klar bewußt sein, daß der von ihnen bewahrte und bekannte Glaube einen ökumenischen, universalen Charakter besitzt. Die Kirche ist nicht nur berufen, ihre Kinder zu lehren, sondern auch demjenigen, der sie verlassen hat, die Wahrheit zu bezeugen. "Doch wie sollen sie Den anrufen, Den sie nicht im Glauben erkannt haben? wie an Den glauben, von Dem sie nicht gehört haben? wie hören, ohne einen, der verkündigt?" (Röm 10, 14). Es ist die Pflicht der orthodoxen Christen, von der Wahrheit Zeugnis abzulegen, die für immer der Kirche anvertraut worden ist, denn wir sind, nach einem Ausdruck des Apostels Paulus, "Mitarbeiter Gottes" (1 Kor 3,9).



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