En français:
Le métropolite Kirill à BerlinEvêque Hilarion de Vienne et d’Autriche: La notion du territoire canonique dans la tradition orthodoxe
In English:
Metropolitan Kirill of Smolensk and Kaliningrad Visited Berlin
The World Council of Churches Central Committee adopts a new method of decision-making
The World Council of Churches Central Committee adopts statements on public issues
The Armenian Genocide discussed by the WCC Central Committee
Auf Deutsch:
Metropolit Kirill von Smolensk und Kaliningrad betont in Berlin gemeinsame Werte von Ost und West
Russischer orthodoxer Theologe und Bischof habilitiert an der Theologischen Fakultät Freiburg/Schweiz
Le métropolite Kirill à Berlin
Du 20 au 23 février 2005 le métropolite Cyrille de Smolensk et de Kaliningrad, président du Département des relations extérieures du Patriarcat de Moscou, s’est rendu à Berlin à l’invitation de la Fondation Konrad Adenauer.
Le séjour du métropolite dans la capitale allemande a commencé par la célébration, ensemble avec l’archevêque Théophane, l’ordinaire des paroisses orthodoxe russes d’Allemagne, de la liturgie dans la cathédrale russe de la Résurrection du Christ.
Le 21 février Mgr Kirill a été reçu au Bundestag par M. G. Erler, président du groupe parlementaire germano-russe. Au cours de la conversation le métropolite a relevé l’importance du dialogue entre l’Église orthodoxe russe et les Églises d’Allemagne pour le développement des relations amicales entre les deux peuples. Le soir du même jour, le métropolite de Smolensk a donné une conférence devant la Société des parlementaires allemands et a répondu aux questions des députés du Bundestag.
Le 22 février Mgr Kirill a rencontré Madame A. Merkel, président du Parti des Démocrates chrétiens d’Allemagne. La conversation a porté sur les valeurs de la société démocratique contemporaine. Le métropolite Kirill a insisté sur le fait que dans la vie sociale et politique des peuples il est désormais nécessaire de garantir une participation de tous les citoyens aux processus qui les concernent, notamment en cultivant chez eux un sentiment de responsabilité morale. Madame Merkel a souligné de son côté que les pays occidentaux sont aujourd’hui confrontés au problème de l’élaboration des fondements éthiques de leur développement, car l’idée de la croissance du niveau de bien-être, engendrant une consommation démesurée et une surexploitation de l’environnement, n’y supplée plus.
Un déjeuner a ensuite été organisé par le président de la Fondation Konrad Adenauer, M. Vogel, en l’honneur de l’hôte de l’Église orthodoxe russe.
Le 22 février le métropolite Kirill a eu la rencontre avec l’évêque R. Koppe, le responsable d’oecuménisme et des rapports internationaux de l’Église évangélique d’Allemagne. Les questions abordées lors de l’entretien ont été la participation de l’Église évangélique allemande dans la célébration des 60 ans de la victoire sur le nazisme, l’organisation de l’étape suivante du dialogue théologique russo-allemand et la collaboration dans le cadre de la Conférence des Églises européennes et du Conseil oecuménique des Églises.
Le soir, une conférence a été organisée dans l’église française de Berlin, intitulée «La vision chrétienne du monde et le caractère absolu de la dignité de l’homme», à laquelle ont pris part en plus du métropolite Kirill, l’évêque W. Huber, le président du Conseil de l’Église évangélique d’Allemagne, et l’évêque L. Müller, président de la Commission pour le dialogue oecuménique de la Conférence des évêques d’Allemagne.
Pendant son séjour dans la capitale allemande le métropolite Kirill était accompagné de l’évêque Hilarion de Vienne et d’Autriche, le représentant de l’Église orthodoxe russe près les Institutions européennes.
Evêque Hilarion de Vienne et d’Autriche: La notion du territoire canonique dans la tradition orthodoxe
Conférence au symposium international de droit canonique à l’Académie théologique catholique de Budapest, 7 février 2005
Dans mon discours je voudrais aborder la question des origines et du fonctionnement de la notion du territoire canonique dans la tradition chrétienne orientale. Le terme «territoire canonique» est lui-même récent, mais son contenu ecclésiologique remonte aux temps apostoliques. La compréhension du sens de cette expression et des manières de son application est importante non seulement pour la collaboration inter-orthodoxe, mais également pour les relations entre les Églises catholique et orthodoxe.
Histoire et évolution de la notion du territoire canonique
L’organisation ecclésiale qui s’est mise en place au cours des trois premiers siècles de l’existence du christianisme était fondée sur le principe «une ville – un évêque – une église» qui suppose le rattachement d’un territoire à un évêque. Les raisons historiques de l’apparition du principe de l’épiscopat monarchique et de la notion du territoire canonique qui en découle sont traitées par l’évêque Nicodème Milach dans son commentaire des Canons apostoliques: «Dès que la prédication apostolique a conduit à l’organisation des petites régions ecclésiastiques distinctes, il s’est posé la question du sacerdoce permanent dans ces régions… Chacune de ces régions avaient été instituée par un apôtre, immédiatement ou par leurs successeurs… Ainsi les régions ecclésiastiques qui ne cessaient de se multiplier représentaient des familles dans lesquelles l’évêque était père et tous les autres clercs, ses adjoints» (Règles de l’Église orthodoxe avec le commentaire de Nicodème, évêque de Dalmatie et d’Istrie, en russe, Moscou, 2000, t. I, p. 74-75).
Conformément à ce principe, les Canons apostoliques et les autres règles de l’Église antique interdisent la violation des frontières ecclésiastiques par les évêques et les clercs. Les Canons apostoliques défendent aux évêques d’abandonner de leur gré leur diocèse et de passer dans un autre (can. 14); l’évêque ne peut ordonner en dehors de son diocèse (can. 35); un clerc ou un laïc excommunié par son église ne peut être reçu à la communion par un autre évêque en passant dans une autre ville (can. 12); un clerc qui rejoint un autre diocèse sans le consentement de son évêque, doit être déposé (can. 15); l’interdiction ou l’excommunication imposée à un clerc par un évêque ne peuvent être annulées par un autre (can. 16 et 32). Des dispositions de ce genre ont été prises par des conciles oecuméniques et locaux du IV-VIII siècles et font partie du droit canonique actuel de l’Église orthodoxe.
En instaurant les frontières des régions ecclésiastiques les Pères de l’antique Église indivise prenaient en considération la division administrative existante. Au II-III siècle il était d’usage que l’évêque qui dirige une région ecclésiastique célèbre dans la ville, tandis que les presbytres ou chôrévêques nommés par lui desservent les villages voisins. Cependant, dès le début du IV siècle, après que l’empereur Dioclétien a réuni les provinces de l’Empire romain en «diocèses», le christianisme a senti le besoin d’une concentration identique des églises épiscopales en des entités plus grandes: c’est ainsi que sont apparues les métropoles. L’évêque de la capitale d’un «diocèse» devenait métropolite, tandis que les autres évêques devenaient ses suffragants. Cependant, ces évêques restaient parfaitement autonomes dans l’administration de leur propre région, ne se référant au métropolitain que dans les questions qui dépassaient leurs compétences. Notons également que la distinction de la chrétienté en deux parties, occidentale et orientale, débute également au IV siècle avec la division administrative de l’Empire.
Bien que la division administrative de l’Empire ait servi de modèle à la division ecclésiastique, ce principe n’a jamais été absolutisé et n’était pas conçu comme n’admettant aucune alternative. Le conflit entre Basile de Césarée et Anthime de Tyanes en témoigne; cette querelle est bien documentée par l’oeuvre de Grégoire de Nazianze. Lorsqu’en été 370 Basile de Césarée avait été élu à la tête de l’église de Cappadoce, la province de Cappadoce était unifiée et avait Césarée pour capitale. Cependant, en hiver 371-372 l’empereur Valence l’a divisée en deux provinces: Cappadoce I avec capitale à Césarée et Cappadoce II avec Tyanes comme centre. L’évêque Anthime de Tyanes, prenant en compte cette division, se mit à agir en métropolitain de la Cappadoce II et refusa de reconnaître la juridiction de Basile; ce dernier continuait toutefois à se considérer comme le métropolitain de toute la Cappadoce. Afin d’affermir son autorité, Basile nomma au printemps 372 des évêques dans les villes faisant désormais partie de la Cappadoce II: il envoya à Sasimes son ami Grégoire de Nazianze, et à Nysse son frère Grégoire. En 374 le cousin de Grégoire de Nazianze et le disciple fidèle de Basile, Amphiloque, fut ordonné évêque d’Iconium. Anthime trouva tous ces actes anticanoniques et créa des obstacles à l’activité des évêques nommés par Basile. Plus tard, après la mort de Basile, les évêques de la Cappadoce II reconnurent de fait Anthime de Tyanes comme métropolitain de la nouvelle région.
Se fondant sur ces données historiques nous pouvons donc affirmer que la notion du territoire canonique au niveau des églises épiscopales est apparue dès les temps apostoliques et s’est définie dans la pratique ecclésiastique au II-III siècles. Quant aux entités supérieures, les métropoles, elles se sont formées au cours du IV siècle. A la fin du IV siècle on distingue donc trois niveaux de territoires canoniques: la métropole qui réunit tous les diocèses d’une province, le diocèse qui regroupe les paroisses d’une petite région et la paroisse, communauté ecclésiale, présidée par un presbytre, représentant de l’évêque. Plus tard les patriarcats s’ajouteront ajoutés à cette liste, réunissant plusieurs métropoles.
Le premier grand schisme de la chrétienté, survenue au milieu du V siècle à cause du refus d’une partie des Églises orientales de reconnaître le concile de Chalcédoine de 451 (quatrième oecuménique), a provoqué l’émergence d’une hiérarchie parallèle dans certaines régions de l’Empire romain oriental et en dehors de lui. Certaines d’entre elles perdurent jusqu’à nos jours. On entend par hiérarchie parallèle l’existence dans une ville de deux évêques qui prétendent au même territoire canonique et portent souvent le même titre.
Le deuxième grand schisme de la chrétienté mondiale, celui du XI siècle, n’a pas été immédiatement suivi de l’apparition des hiérarchies parallèles. Après la rupture de la communion entre Rome et Constantinople l’ordre qui existait au premier millénaire continuait à être appliqué pendant un certain temps: l’Orient était partagé entre les quatre patriarcats (Constantinople, Alexandrie, Antioche et Jérusalem), tandis que Rome demeurait le centre de la chrétienté occidentale. Tous les diocèses occidentaux étaient réunis autour de l’évêque de Rome qui en était métropolite ou patriarche. La juridiction de l’évêque de Rome ne s’étendait pas sur les Églises orientales, tandis que celle des patriarches orientaux ne dépassait pas les limites de leurs circonspections. C’est ainsi que le principe du territoire canonique était préservé.
La situation a changé au moment des croisades, lorsque les armées latines ont conquis des territoires byzantins y fondant des hiérarchies latines. Ainsi après la prise d’Antioche en 1097 les croisés en ont banni le patriarche et l’ont remplacé par un évêque latin. La même chose s’est produite à Jérusalem à la fin de 1099: le patriarche fut déposé et à sa place fut nommé un légat du pape, élevé à la dignité patriarcale. Enfin, après la prise de Constantinople en 1204, les croisés y ont également fondé un patriarcat latin. Les patriarcats latins d’Antioche et de Constantinople ont cessé d’exister avec la défaite des croisés au XIII siècle. Quant au patriarcat latin de Jérusalem, après avoir disparu en 1291, il fut rétabli par l’Église catholique en 1847 et existe jusqu’à nos jours. Ainsi, Jérusalem abrite aujourd’hui trois patriarches: un orthodoxe, un arménien et un latin.
En parlant de la prise de Constantinople par les croisés, l’historien catholique E.-C. Suttner écrit: «Après la prise de Constantinople les vainqueurs ont placé leurs candidats au trônes impérial, patriarcal et progressivement aux nombreux sièges épiscopaux. L’empereur et le patriarche grecs furent contraints de s’exiler à Nicée; beaucoup de grecs illustres les suivirent. Ensemble ils attendaient le jour qui permettrait leur retour à Constantinople. Dans le centre de l’Empire d’Orient les latins triomphant ont traité les Grecs de la même manière que les Normands en Italie du Sud et les croisés au XI siècle à Jérusalem et à Antioche. Vraisemblablement, les latins du XIII siècle avaient la même conception du schisme et de l’unité de l’Église que les Normands. Ils agissaient, en effet, de la même manière et étaient convaincus, comme le prouve le concile de Latran de 1214 qu’en instaurant un empereur et un patriarche latins ils mettaient fin au schisme. Les Grecs, en revanche, considéraient avec raison la soumission d’une partie de la chrétienté à une autre comme indigne de l’Église. De leur point de vue, le comportement des latins après le sac de Constantinople a aggravé le schisme de l’Église… Nous devons revoir soigneusement toutes les tentatives entreprises pour le rétablissement de l’unité, pour ne pas réitérer les fautes commises dans le passé» (E. C. Suttner, Les étapes historiques des relations entre les Églises d’Orient et d’Occident: http://orthodoxia.org/lib/1/1/24/9.aspx).
Un coup dur a été porté aux relations entre Catholiques et Orthodoxes par les nombreuses unions que pendant des siècles l’Église catholique romaine avaient tenté d’imposer aux territoires populations orthodoxes. Étant une grave violation du principe de la territorialité canonique, l’uniatisme a toujours été et est encore très douloureusement perçu par les Orthodoxes. Voici l’évaluation qu’en donne un des acteurs les plus connus du dialogue catholique-orthodoxe du XX siècle, le protopresbytre Vitaly Borovoï: «La papauté médiévale aspirait avec obstinence et sans relâche à l’expansion en Orient orthodoxe, pour soumettre par des moyens divers (souvent avec recours à la force) les Orthodoxes à l’autorité romane, leur imposant toutes sortes d’unions qui en réalité tendaient à remplacer le foi orthodoxe de l’antique Église orientale par celle de l’Église catholique occidentale de l’époque médiévale. C’est ainsi qu’ont vu jour les unions de Lyon (1274), de Florence (1439) et beaucoup d’autres: celles de Brest (1596), d’Uchgorod (1646), de Mukatchevo (1733); les unions au Proche-Orient orthodoxe: arménienne, copte, syro-jacobite, syro-chaldéenne, etc. Les uniates apparaissaient dans toutes les Églises orthodoxes, devenant un fléau et une menace permanente pour toute l’Orthodoxie. Tout cela a eu des graves répercussions sur les relations et les sentiments des peuples orthodoxes à l’égard de Rome et de l’Église catholique qui sont résumées dans le célèbre proverbe: ‘Mieux vaut le turban turc que la tiare romaine’. La tragédie psychologique et historique de cet adage désespéré et semblant impossible dans les relations inter-chrétiennes, est la dénonciation la plus expressive et la plus sévère du péché de la division et de la rupture de communion entre les Églises orientale et occidentale» (V. Borovoï, A. Bouyevski, «L’Église orthodoxe russe et le mouvement oecuménique, survol historique et théologique», in: Orthodoxie et oecuménisme, en russe, Moscou, 1998).
Les territoires canoniques des Églises orthodoxes autocéphales
Si l’on regarde maintenant l’histoire des Églises orthodoxes locales (en excluant de cette définition les Églises préchalcédoniennes), on peut affirmer qu’elles ont respecté le principe du territoire canonique sans défaillances jusqu’au début du XX siècle. Les frontières de ces Églises coïncidaient généralement avec celles des Empires et des États. La juridiction du Patriarcat de Constantinople, par exemple, se limitait à l’Empire ottoman au XIX siècle; celle du Patriarcat de Moscou à l’Empire russe.
Il serait cependant faux de croire que les Églises orthodoxes n’agissaient pas en dehors de leurs frontières juridictionnelles. Certaines des Églises orthodoxes menaient une activité missionnaire: les missionnaires de l’Église russe, par exemple, ont fondé aux XVIII-XIX siècles des communautés orthodoxes en Amérique, au Japon et en Chine. Cependant, les missionnaires russes n’agissaient que dans les pays où il n’existait pas d’autres Églises orthodoxes. Ces pays étaient en quelque sorte considérés comme le territoire missionnaire canonique de l’Église orthodoxe russe.
Les évènements révolutionnaires qui ont eu lieu dans les années 1910 dans certains pays de l’Europe, les deux guerres mondiales et la dissolution des grands empires ont conduit à d’importantes modifications géopolitiques qui se sont répercutées sur la structure de l’Orthodoxie mondiale. Premièrement, dans la première moitié du XX siècle quelques Églises orthodoxes ont proclamé ou rétabli leur autocéphalie. Deuxièmement, à cause des migrations massives une importante partie des fidèles orthodoxes qui appartenaient à une Église autocéphale, s’est trouvée sur le territoire d’une autre Église. Troisièmement, à partir des années 1920 le Patriarcat de Constantinople qui après la dissolution de l’Empire ottoman avait perdu presque tous les fidèles sur son territoire canonique, s’est mis à prétendre au droit de pourvoir aux besoins pastoraux de ce qu’on appelle la diaspora orthodoxe et a commencé à créer des métropoles et des archevêchés en Europe et dans le reste du monde. En fin de compte des juridictions orthodoxes parallèles se sont créées dans les pays où les Orthodoxes ne représentaient qu’une minorité.
Comme exemple je citerai la situation qui s’est créée au XIX et XX siècles sur le continent américain (voir l’article de Léonid Kishkovski «Orthodoxy in America: Diaspora or Church», publié dans le bulletin électronique Europaica N° 49: http://orthodoxeurope.org/page/14/49.aspx#7). L’orthodoxie y fut apportée par des missionnaires russes par le biais de l’Alaska. La première chaire épiscopale orthodoxe d’Amérique fut érigée par le Saint-Synode de l’Église orthodoxe russe en 1840. Cependant, la résidence de l’évêque, en occurrence de saint Innocent (Venjaminov), se trouvait à Novoarchangelsk. En 1872, cinq ans après la vente de l’Alaska aux Etats-Unis, la chaire de l’évêque russe a été déplacée à San-Francisco. De 1989 à 1907 le diocèse était dirigé par S. Tikhon, le futur patriarche de Moscou. Sous son pontificat la chaire fut déplacée à New York. C’est lui qui a été à l’origine de la convocation d’un concile orthodoxe américain en 1907 qui a renommé le diocèse en l’Église orthodoxe russe grecque et catholique de l’Amérique du Nord. C’est ainsi que furent posés les fondements de la future Église autocéphale d’Amérique.
Pendant le séjour en Amérique de saint Tikhon un grand nombre de chrétiens du Patriarcat d’Antioche est arrivé dans le Nouveau Monde; à la demande de Tikhon un évêque auxiliaire, Raphaël de Brooklin, originaire de Syrie a été ordonné pour eux en 1903. C’est ainsi qu’est venu au monde un modèle ecclésiologique sans précédent qui supposait que sur le même territoire canonique il existait des évêques de nationalités différentes et les diocèses seraient créés non plus sur le principe de territorialité, mais sur le principe ethnique. Ce modèle ne correspondait pas à l’ecclésiologie de l’Église antique, mais il était en revanche approprié à la nouvelle réalité engendrée par les processus migratoires en Europe et en Amérique. Si les évènements se déroulaient selon le scénario prévu par saint Tikhon, il y aurait eu dès les années 1920 une Église orthodoxe autocéphale d’Amérique, présidée par un métropolite dont la juridiction se serait étendue à des évêques de nationalités différentes chargés de leurs compatriotes qu’ils soient Russes, Ukrainiens, Grecs, Syriens, Libanais, Roumains etc.
Cependant, dans les années 1920 à cause des migrations massives des Grecs en provenance de l’ancien Empire ottoman vers l’Europe, l’Amérique et l’Australie, des métropoles du Patriarcat de Constantinople ont été créées sur ces continents. Comme nous l’avons déjà dit, le Patriarcat de Constantinople avait déclaré son droit de juridiction sur toute la diaspora, c’est-à-dire sur tous les pays qui ne faisaient pas partie du territoire canonique des Églises orthodoxes existantes. De ce point de vue pratiquement toute l’Europe occidentale, les Amériques du Nord et du Sud, ainsi que l’Australie et l’Océanie recevaient la qualification de la diaspora. Pourtant, en Amérique il existait déjà une Église orthodoxe, dirigée par un évêque russe. Ainsi, la création d’une juridiction du Patriarcat de Constantinople en Amérique a introduit une division dans l’Orthodoxie américaine qui n’a fait que s’aggraver avec l’apparition des diocèses des Patriarcats d’Antioche, de Roumanie et de Serbie.
En 1970 l’Église orthodoxe russe, toujours inspirée par la vision des choses de saint Tikhon qui rêvait d’une Église locale unique sur le continent américain, a accordé l’autocéphalie à la partie de l’Orthodoxie américaine qui était dans sa juridiction. On espérait que les diocèses des autres Patriarcats rejoindront cette nouvelle Église autocéphale qui a reçu le nom de l’Église orthodoxe en Amérique. Cela ne s’est malheureusement pas passé: aujourd’hui en Amérique, en plus de l’Église autocéphale, il existe des métropoles, des diocèses des Patriarcats de Constantinople, d’Antioche et des autres Églises.
A cause des bouleversements révolutionnaires des années 1920 une situation anormale s’est créée en Europe occidentale. De nombreux fidèles orthodoxes russes ont afflué vers l’Europe occidentale y créant des structures ecclésiastiques propres. Parallèlement, il y naissait des métropoles et des diocèses des Patriarcats de Constantinople et d’Antioche. Après la seconde guerre mondiale les diasporas serbes, roumaines et bulgares d’Europe occidentale se sont accrues; des structures ecclésiastiques ont été érigées pour elles également. Ces diasporas continuent d’ailleurs de nos jours à augmenter en nombre. Enfin, ces dernières années à cause de l’exode massif des Géorgiens, on a vu apparaître en Europe des paroisses de l’Église orthodoxe géorgienne. Tous ces processus ont amené à ce que dans certaines grandes villes il se trouve désormais plusieurs évêques orthodoxes qui représentent chacun leur Église.
La situation de la diaspora russe d’Europe et des Amériques est aggravée en plus par le fait que tous les fidèles de tradition orthodoxe russe n’appartiennent pas à la même juridiction. Parallèlement au Patriarcat de Moscou il existe en Europe et ailleurs dans le monde depuis les années 1920 l’Église russe hors frontières qui s’est séparée de l’Église-mère à cause des évènements politiques et qui n’est pour l’instant reconnue par aucune Église orthodoxe autocéphale. Depuis les années 1930 s’est créée en Europe une structure ecclésiale qui regrouppe les paroisses orthodoxes russes qui se sont placées sous la juridiction du Patriarcat de Constantinople. Le Patriarcat de Moscou a maintes fois pris l’initiative de regrouper ces églises en une seule entité juridictionnelle. En ce moment des pourparlers sont menés entre le Patriarcat de Moscou et l’Église russe hors frontières au sujet du rétablissement de la communion eucharistique.
L’application pratique du principe du territoire canonique
Bien qu’il existe dans de nombreuses parties du monde des juridictions orthodoxes parallèles, on ne peut dire que le principe du territoire canonique soit complètement délaissé par les Églises orthodoxes. Ce principe demeure la pierre angulaire de l’ecclésiologie orthodoxe et continue à être appliqué, bien que pas toujours et pas partout. Citons des exemples de l’application de ce principe dans les relations entre Orthodoxes, ainsi que dans celles des Orthodoxes avec les Catholiques.
1. Chaque Église orthodoxe autocéphale possède son territoire canonique reconnu par les autres Églises. Ces dernières n’ont pas droit de fonder des communautés sur ce territoire. Ainsi, le territoire canonique du Patriarcat de Constantinople inclue la Turquie, la Grèce du Nord et quelques îles méditérannées; celui du Patriarcat d’Alexandrie – toute l’Afrique; celui du Patriarcat d’Antioche – la Syrie et le Liban; celui du Patriarcat de Jérusalem: la Terre Sainte. La juridiction de l’Église orthodoxe russe s’étend sur les fidèles orthodoxes de Russie, d’Ukraine, de Biélorussie, de Moldavie, de Kazakhstan, d’Ouzbékistan, de Turkmenistan, de Kirghizstan, de Tadjikistan, d’Estonie, de Lituanie et de Lettonie. Le territoire canonique des Églises orthodoxes de Géorgie, de Serbie, de Roumanie, de Bulgarie, du Chypre, d’Albanie, de Pologne et celle de Tchéquie et de Slovaquie comprend les pays correspondants. Le territoire canonique de l’Église de Grèce s’étend sur la Grèce, à l’exception de la région septentrionale et de quelques îles qui relèvent du Patriarcat de Constantinople. Quant aux prétentions du Patriarcat de Constantinople au droit de juridiction sur la diaspora, cette question n’est pas encore résolue sur le plan panorthodoxe. Le statut de l’Église orthodoxe d’Amérique, dont la juridiction s’étend aux Etats-Unis et au Canada, demeure également sans résolution.
2. Dans de nombreux cas les frontières des juridictions ecclésiastiques coïncident avec celles des États, cependant, la modification des frontières d’un pays n’aboutit pas nécessairement à la multiplication des Églises. Ainsi, par exemple, après la dissolution de l’Union soviétique l’Église orthodoxe russe a préservé son intégrité territoriale, bien que sur son territoire canonique (en particulier, en Ukraine) il ait apparu des structures dissidentes. Après la division de la Tchéchoslovaquie en deux Etats indépendants, l’Église orthodoxe tchéchoslovaque a changé de nom, devenant Église des territoires tchèques et de Slovaquie, mais a conservé son unité (voir la conférence de l’archevêque Christophore de Prague et des territoires tchèques «L’Orthodoxie en Slovaquie et en Tchéquie: sources, situation actuelle, perspectives» publiée en russe dans le supplément N° 17 au bulletin Europaica: http://orthodoxeurope.org/page/17/18.aspx#2). De même, l’Église orthodoxe serbe est demeurée unie après la désagrégation de Yougoslavie.
3. L’ecclésiologie orthodoxe connaît la notion de pays traditionnellement orthodoxes: ce sont les pays où les Orthodoxes sont majoritaires. Dans la plupart de ces pays (excepté la Grèce et le Chypre) l’Église est séparée de l’Etat, mais elle jouit d’un certain prestige et représente une force sociale. Les Églises orthodoxes de tels pays ont tendance à considérer toute la population, à l’exception des personnes qui appartiennent à d’autres confessions et religions, comme leurs ouailles potentielles. On peut parler dans ce cas de la notion du territoire canonique culturel qui suppose que toute la population d’un pays qui par ses racines culturelles appartient à la tradition orthodoxe, mais qui en raison des évènements historiques a perdu le lien avec la foi de ses ancêtres, relève potentiellement de l’Église orthodoxe locale. Par exemple, en Russie la majorité absolue de la population par ses racines appartient à la tradition orthodoxe; pour cette raison la Russie ne peut être considérée comme un champ de mission libre. Cela ne signifie pas pourtant que l’Église orthodoxe russe se positionne comme la religion sans alternative qui ne laisse à personne le droit de choisir sa confession et qui exclue l’existence des autres communautés. Cela suppose plutôt un respect à l’égard de l’Église russe, en tant qu’Église de la majorité, de la part des autres Églises (non orthodoxes) qui décident de créer leurs structures sur son territoire.
4. Ainsi, au niveau inter-chrétien le principe de territorialité canonique suppose une certaine solidarité entre les chrétiens des diverses confessions: il s’agit ici avant tout des Églises catholique et orthodoxe qui ont conservé la succession apostolique de la hiérarchie. Cette solidarité signifie que dans les pays où l’Église orthodoxe est majoritaire (comme la Russie, l’Ukraine, la Moldavie, la Grèce, la Roumanie, le Chypre etc.) l’Église catholique, en créant ses structures, doit au moins consulter l’Église orthodoxe locale et dans son activité missionnaire se satisfaire de ses fidèles traditionnels, sans faire du prosélytisme aux dépens de l’Église orthodoxe. Le même principe doit être sauvegardé dans les pays majoritairement catholique, comme l’Italie, l’Espagne, la France, le Portugal, l’Autriche, etc., où les Orthodoxes doivent s’abstenir de faire du prosélytisme et ne déployer l’activité missionnaire que dans le milieu de ses propres fidèles, en se référant dans toutes les questions controversée à l’Église catholique, en tant qu’Église de la majorité. Quant aux pays où ni les Orthodoxes ni les Catholiques ne sont majoritaires, des différentes communautés peuvent y mener librement l’activité missionnaire, sans craindre de violer le principe de la territorialité canonique. Cependant, même dans ces pays les Catholiques et les Orthodoxes devraient coordonner leurs actions afin d’éviter des malentendus et des conflits.
Le respect de ces quatre remarques est important aussi bien pour les relations entre Orthodoxes que pour le dialogue orthodoxe-catholique. Le refus de s’en tenir à eux dans les rapports entre Catholiques et Orthodoxes conduit à l’apparition des tensions entre les deux Églises. De nombreuses difficultés ont notamment surgi sur le territoire de la CEI dans les années 1990 à cause de la violation des engagements pris par l’Église catholique dans l’instruction de la commission pontificale Pro Russia le 1er juin 1992. Cette instruction prescrit à tous les évêques catholiques et aux administrateurs apostoliques «de contribuer par tous les moyens aux bonnes relations avec les hiérarques locaux de l’Église orthodoxe, en se rendant compte des difficultés qu’ils éprouvent, afin de créer une atmosphère de confiance et de collaboration paisible». Selon l’instruction, les évêques et les administrateurs apostoliques «doivent informer les évêques locaux de l’Église orthodoxe de toutes les initiatives pastorales importantes, en particulier, de la création de nouvelles paroisses», ainsi qu’«avertir les représentants de l’Église orthodoxe de toute initiative d’ordre social (y compris dans le domaine de l’éducation et de la bienfaisance)».
Beaucoup de ces conseils, fondés sur le respect des principes ecclésiologiques orthodoxes que nous avons mentionnés, n’ont pas été suivis par les structures catholiques en Russie et dans les pays de la CEI, ce qui a engendré des tensions entre ls Catholiques et les Orthodoxes de ces pays. Actuellement, on mène un dialogue amical dont l’objectif est de mettre fin aux tensions existantes. Au cours de ce dialogue l’Église orthodoxe russe n’a de cesse d’appeler les Catholiques de Russie et des autres pays de la CEI à suivre les instructions contenues dans le document de la commission pontificale Pro Russia.
* * *
En conclusion je voudrais exprimer l’espoir que les relations catholiques-orthodoxes qui ont subi une grave crise à la fin du XX siècle, s’améliorent résolument grâce au travail commun des hiérarques, des clercs, des théologiens, des moines et des fidèles des deux Églises. Un des principaux aspects de ce travail sera l’approfondissement de la notion du territoire canonique et l’élaboration bilatérale des règles de son application dans les divers pays.
Metropolitan Kirill of Smolensk and Kaliningrad Visited Berlin
On 20-22 February 2005 Metropolitan Kirill of Smolensk and Kaliningrad, Chairman of the Department for External Church Relations, visited Berlin. He was accompanied by the Representative of the Russian Orthodox Church to the European Institutions Bishop Hilarion of Vienna and Austria, and by the assistant of the Chairman of the Department for External Church Relations of the Moscow Patriarchate Y. Ryabykh.
Metropolitan Kirill began his stay in Berlin with the celebration of the Divine Liturgy in the Cathedral Church of the Resurrection of Christ on 20 February. Concelebrating were Archbishop Feofan of Berlin and Germany and clergymen of the Berlin diocese of the Moscow Patriarchate.
After the Liturgy Metropolitan Kirill greeted clergymen and laymen of the Berlin diocese. He stressed the importance of the Russian Orthodox Church for spiritual unity and moral support of the compatriots of different nationalities who live beyond the borders of the Fatherland. Metropolitan Kirill thanked all active members of the Orthodox community, as through their zealous work and care the repairs of the cathedral church of the Berlin diocese have become possible.
Metropolitan Kirill then visited the recently established Centre of Information and Education of the Berlin diocese. The work of the Centre includes catechetical classes for children and adults, courses of foreign languages and lectures. Staff members of the Centre give consultations and legal support to the Russian-speaking compatriots in their placing in a job, education and social protection.
The Berlin diocese gave lunch on the occasion of Metropolitan Kirill's visit. Among those present were Ambassador Extraordinary and Plenipotentiary of the Russian Federation V. V. Kotenev, senior counsellor of the Russian Embassy V. M. Sazonov, counsellor of the Embassy A. A. Kuleshov, and clergymen of the diocese.
On 21 February Metropolitan Kirill met with G. Erler, Deputy Chairman of the Faction of the Social Democratic Party of the FRG and Chairman of the German-Russian Group of Parliamentarians, was held in Bundestag. In course of the conversation Metropolitan Kirill pointed to the importance of the existing relations between the Russian Orthodox Church and Christian Churches of Germany for strengthening bonds of friendship between peoples of the two countries.
Metropolitan Kirill, in particular, said that the Russian Church is interested in discussing values, which exist in the relations between the Western and Eastern Europe, and political and social events happening in the both parts of the continent. Mr. Erler supported this position and expressed confidence in important positive role of the German-Russian dialogue.
On the same day Metropolitan Kirill, Bishop Hilarion and Y. Ryabych visited the Reichstag.
Then an official lunch in honour of the Metropolitan's visit to Berlin took place in the building of the Konrad Adenauer Foundation. V. Staudacher, Secretary General of the Foundation, greeted His Eminence Metropolitan Kirill. Among those invited were political and public figures of Germany, Archbishop Feofan of Berlin and Germany, Bishop Hilarion of Vienna and Austria, and Y. Ryabykh. Relations between the Church and State, between the Church and Society in Russia and in Germany were discussed during the supper.
The delegation of the Russian Orthodox Church then met with Russian Ambassador V. Kotenev and staff-members of the Russian Diplomatic Representation in the Embassy of Russia. Participants of the meeting exchanged their opinions on the situation of the Russian-speaking people in Germany, on public and political situation in Germany and in the European Union.
In the evening Metropolitan Kirill spoke with the deputies of the Bundestag and answered their numerous questions.
On 22 February Metropolitan Kirill met with A. Merkel, President of the German Christian Democratic Party, and W. Schäuble, Vice-President of this party’s faction in the Bundestag. Then followed lunch organized in honour of Metropolitan Kirill by the Konrad Adenauer Foundation.
On the same day Metropolitan Kirill and Bishop Hilarion met with the ecumenical officer of the Evangelical Lutheran Church in Germany (EKD) Bishop R. Koppe. The question of the participation of the EKD in the celebration of the 60th anniversary of the victory over Nazism, the organization of the next stage of the dialogue between the EKD and the Russian Orthodox Church, as well as the collaboration of the two churches within the framework of the Conference of European Churches were discussed.
In the evening, a podium discussion was organized in the French Church of Berlin dedicated to the theme ‘The Christian vision of the world and the absolute dignity of the human person.’ Metropolitan Kirill, Bishop W. Huber, President of the EKD, and Bishop L. Müller, President of the Commission for the ecumenical dialogue of the German Bishops Conference (Roman Catholic Church), took part in the discussion.
The World Council of Churches Central Committee adopts a new method of decision-making
The Central Committee of the World Council of Churches met in Geneva from 15 to 22 February. This was the last meeting of the WCC Central Committee before the assembly of this major international Christian organization, planned for February 2006.
The Russian Orthodox Church was represented at the meeting by Bishop Hilarion of Vienna and Austria, Representative of the Moscow Patriarchate at the European Institutions; Archpriest Vsevolod Chaplin, vice-chairman of the Moscow Patriarchate Department for External Church Relations; Archpriest Mikhail Gundyaev, Secretary of the Russian Orthodox Church Representation at the WCC; Rev. Igor Vyzhanov, acting DECR Secretary for Inter-Christian Relations; and Mrs. Margarita Nelyubova, DECR Secretariat for Inter-Christian Relations.
On the last day of its work, the Central Committee adopted amendments to the WCC Constitution and Rules, which introduce a new mechanism of decision-making. From now on, decisions will be made not by majority vote as before, but mainly by consensus or general agreement. The amendments will be submitted to the WCC assembly for action.
These amendments are a result of the work of the Special Commission for Orthodox Participation in the WCC. They enable representatives of Orthodox Churches to prevent decisions contrary to the Orthodox view from being taken by majority vote. To enforce the new rules the Central Committee has established a Standing Committee for Consensus and Cooperation made up of an equal number of Orthodox and Protestant participants.
In most cases (except for elections to various offices and dealing with financial and administrative matters) decisions at WCC proceedings will be made by consensus. If there is a dissenting minority, the new rules provide for the following actions: the decision is put off; time is given for prayer and silent reflection, the decision is taken but the minority registers its differing view; the final document states the existence of differing opinions; the minority distances itself from the decision but agrees to its implementation; no decision is made; a voting procedure takes place provided at least 85 per cent of those present agree to vote. The voting is impossible in any way on issues concerning the ecclesiology of WCC member churches.
The mechanisms of consensus decision-making were tested tentatively during the Central Committee meeting, which has just completed its work.
The World Council of Churches Central Committee adopts statements on public issues
The World Council of Churches Central Committee adopted on 21 February 2005 a number of statements on public issues.
In particular, the participants honoured the memory of the victims of the Armenian Genocide, the 90th Commemoration of which is marked this year. It was also recommended to continue to follow the human rights situation in Vojvodina in Serbia-Montenegro. The WCC Central Committee supported the United Kingdom Government’s initiative to promote the development of African countries by, among other things, 100% debt relief to the poorest of them. In a special memorandum, the highest collegiate body of the WCC acting between the assemblies spoke out in support of the rights of migrants including those who have no legal right to enter a particular country.
The WCC Central Committee also adopted a statement on the rights of indigenous peoples, especially their right to preserve their languages. It states that the translation of the Bible into many of these languages has helped to preserve them, and scriptural translation is being made by the United Bible Society into more than 500 languages. The WCC Central Committee called upon the churches which once unjustly occupied indigenous peoples’ lands to inter into negotiations concerning their return.
A special document issued by the WCC Central Committee is devoted to the economic measures taken by some churches with regard to the Middle East conflict. The participants took note of the action of the Presbyterian Church in the USA which initiated a process of selective divestment from multinational corporations ‘involved in the occupation’. Churches with investment funds were recommended to use these funds responsibly, in support of peaceful solutions of the Middle East conflict.
Special attention was given to the situation in Iraq. The statement adopted by the Central Committee on this issue, after a detailed description of how the WCC stand on Iraq had developed, rejected the assertion of ‘global war on terror’ as justification of the war on this country. The WCC reconfirmed that the military actions in Iraq are illegal under the UN Charter and other norms of international law. The document states among other things that the 200 billion dollars allocated by the USA to use in this war would provide safe drinking water to every child in need in the world for 15 years thereby saving 25 million lives. Those who used the false pretext of terrorist connection and weapons of mass destruction to start the war ‘will be judged by history’, the statement declares. At the same time, the statement condemns the acts of violence committed today against innocent civilians, such as the bombing of churches, mosques and other buildings, the taking and murdering of hostages as well as torture and humiliation of prisoners. The world community is called to open debate on a timetable for the reduction and withdrawal of the US-led coalition and for removal of foreign military bases from Iraq.
The statement on detainees held at the American base in Guantanamo affirms that the grounds for their detention as formulated by the US Government ‘undermine the universal principles of jurisprudence and are in violation of the fundamental rights of the detainees’. It calls the United States to grant the Guantanamo detainees their legitimate rights and to give access to them to pastoral and humanitarian services.
The WCC Central Committee adopted also a statement on countries affected by the tsunami. Regret was expressed that these countries had no access to the advance warning technology that would have saved thousands of lives. The Central Committee expressed concern for the roofless women and children who may find themselves in the hands of human traffickers exploiting people as sex slaves and sweatshop labour. The Central Committee commended the stand taken by the Catholic and Protestant Churches in Indonesia which called to reject the wrong use of humanitarian mission for ‘christianizing’ local people.
In a separate document, the Central Committee welcomed the establishment of the International Criminal Court. At the same time, the WCC Central Committee described the intention of the USA not to ratify the Statute for the ICC as ‘an inexcusable attempt to gain impunity from the crimes defined in the Statute’. The participants in the meeting urged that the ICC be given the widest possible jurisdiction to ensure political balance.
The Armenian Genocide discussed by the WCC Central Committee
The Moderator of the World Council of Churches Central Committee His Holiness Aram I, Catholicos of Cilicia, made the following statement in his report to the Central Committee on 15 February 2005: ‘The acceptance of truth is the sine qua non condition for forgiveness. Guilt must be admitted; truth must be told. The acknowledgement of truth in its totality is the first concrete and hopeful step towards a new beginning. Healing is generated primarily through truth telling. Allow me in this regard to remind you of the painful story of my own people. This year my church and people will commemorate the 90th anniversary of the Armenian Genocide. During the First World War in 1915, one-and-a-half million Armenians were massacred by the Ottoman-Turkish government according to a well-devised and systematically executed plan. Although my generation did not directly experience the tragic past, the Armenian Genocide has had a strong impact on our spiritual and intellectual formation. The past haunts the victims; we cannot free ourselves from the past unless that past is duly recognized.’
During the plenary discussion of the Moderator’s report Bishop Hilarion of Vienna and Austria, Representative of the Russian Orthodox Church to the European Institutions, said: ‘I am grateful to the Moderator for mentioning the Armenian Genocide, which took place 90 years ago and resulted with one and a half million victims. The Armenian Genocide is one of those shameful pages of human history which, for the sake of political correctness, is very often passed over in silence… I think the hour has come for the entire international community to recognize the Armenian Genocide and condemned it in the same way as the Holocaust.’ Bishop Hilarion called the WCC Central Committee to make a special statement in which the Genocide would be duly recognized. ‘We must do this out of solidarity with the Armenian Church and with the Armenian people,’ concluded the Representative of the Moscow Patriarchate.
Bishop Hilarion’s motion was seconded and the issue was forwarded to the Public Issues Committee for appropriate deliberation and action.
In its statement, prepared by the Public Issues Committee and adopted on 21 February, the World Council of Churches ‘addressed the need for public recognition of the Armenian Genocide and the necessity of Turkey to deal with this dark part of its history. The importance of Turkey evaluating its history has recently also been addressed by the Conference of European Churches relating to Turkey’s relation to the European Union.’
‘From the Christian perspective,’ continued the statement, ‘the path towards justice and reconciliation requires the recognition of the crime committed as a sine qua non condition for the healing of memories and the possibility of forgiveness. Forgiveness does not mean forgetting but to look back with the intention to restore justice, the respect for Human Rights and relationships between perpetrators and victims. The Public Issues Committee recommends the General Secretary and the staff to propose to all member churches to make Sunday April 24 a day of memory of the Armenian Genocide and to consider further appropriate actions related to the 90 years Commemoration of the Armenian Genocide.’
Metropolit Kirill von Smolensk und Kaliningrad betont in Berlin gemeinsame Werte von Ost und West
Berlin, 23.2.05 (KAP). Die gemeinsamen Werte des westlichen und des östlichen Europa hat der Leiter des Außenamts des Moskauer Patriarchats, Metropolit Kirill, bei seinem Berlin-Besuch betont. Metropolit Kirill traf in Berlin mit den Abgeordneten des deutschen Bundestags zusammen und beantwortete ihre Fragen. Der Berlin-Aufenthalt der "Nummer 2" des Moskauer Patriarchats in der deutschen Hauptstadt wurde von der Adenauer-Stiftung organisiert. An einem Essen der Stiftung zu Ehren des Metropoliten nahm auch der Wiener russisch-orthodoxe Bischof Hilarion Alfeyev teil, der das Moskauer Patriarchat bei den europäischen Institutionen in Brüssel vertritt.
Bei einer öffentlichen Diskussion mit dem Ratsvorsitzenden der Evangelischen Kirche in Deutschland (EKD), Bischof Wolfgang Huber, und dem Ökumene-Referenten der Deutschen Bischofskonferenz, Bischof Gerhard Ludwig Müller, im Französischen Dom am Gendarmenmarkt betonte Metropolit Kirill die Bedeutung der Sozialdoktrin der russisch-orthodoxen Kirche. Diese Doktrin habe sich erst allmählich nach 1989 entfaltet und sei im Jahr 2000 offiziell formuliert worden.
Auf Kritik Hubers, der eine zu starke Gewichtung der Nation im Denken der orthodoxen Kirche zu sehen meinte, sagte der Metropolit, die russische Orthodoxie handle in einem Vielvölkerstaat und sei selber multinational; deshalb sei das Nachdenken über die Nation so wichtig. Die orthodoxe Kirche werde aber keinen Nationalismus rechtfertigen, und keine einzige nationalistische Bewegung in Russland habe zur Zeit die Unterstützung der Kirche.
Müller und Huber plädierten bei der Veranstaltung im Französischen Dom übereinstimmend für verstärkten gemeinsamen Einsatz von Katholiken, Protestanten und Orthodoxen in sozialethischen Fragen. "Dieser Dialog ist dringend notwendig und ohne Alternative", sagte Huber. Katholiken, Protestanten und Orthodoxe sollten sich gemeinsam für eine Welt der Gerechtigkeit, der Solidarität und Menschenwürde
einsetzen, so Müller.
Metropolit Kirill von Smolensk und Kaliningrad war bereits am Sonntag in Berlin eingetroffen. In der orthodoxen Auferstehungskathedrale feierte er in Konzelebration mit Erzbischof Feofan von "Berlin und Deutschland" die Heilige Liturgie. In seiner Predigt betonte der Metropolit, Religion sei nicht eine Sache der Schwachen. Vielmehr könnten nur spirituell und moralisch starke Menschen ein wahres religiöses Leben führen. Nach dem Gottesdienst traf der Metropolit mit Vertretern von Klerus und Laien zusammen. Metropolit Kirill betonte dabei die Wichtigkeit der russisch-orthodoxen Kirche für die "geistliche Einheit und die moralische Unterstützung" der Landsleute "unterschiedlicher Nationalität", die "außerhalb der Grenzen des Vaterlandes leben". Besonders würdigte der Metropolit die Arbeit des neuen Informations- und Bildungszentrums der russisch-orthodoxen Diözese in Berlin. Hier wird katechetische Arbeit geleistet, es werden Sprachkurse angeboten und Immigranten aus der einstigen Sowjetunion in Sozial- und Erziehungsfragen unterstützt.
Der Leiter des Außenamts des Moskauer Patriarchats knüpfte mit seinem Berlin-Besuch an eine alte Tradition an. Im späten 19. Jahrhundert hatte in Berlin Erzpriester Aleksij Petrowitsch Maltzew (1854-1915) gewirkt, auf den die umfangreichste Sammlung liturgischer Hymnen der orthodoxen Kirche in deutscher Sprache zurückgeht. Noch heute ist die Sprache der Übersetzungen Maltzews gut für den gottesdienstlichen Vollzug geeignet, ist doch durchwegs die Metrik der Kirchentöne berücksichtigt. Viele moderne Übersetzungen lehnen sich daher an diese Vorlagen an. Maltzew hatte zunächst als Lehrer am Petersburger geistlichen Seminar gewirkt, bevor er 1886 zum Erzpriester ernannt und als Propst an die russische Botschaftskirche in Berlin entsandt wurde. Dort wirkte er fast 30 Jahre lang; hier entstand auch sein liturgisches Editionswerk. Mit Ausbruch des Ersten Weltkrieges wurde er 1914 aus Deutschland ausgewiesen und starb bereits ein Jahr später im Kurort Kislowodsk im Nordkaukasus.
Nach der Oktoberrevolution von 1917 wurde Berlin ein Hauptzentrum der russischen Emigration; Schätzungen gehen in den zwanziger Jahren von 200.000 russischen "Berlinern" aus. Entsprechend stark war die russisch-orthodoxe kirchliche Organisation in der deutschen Hauptstadt. Heute ist Berlin wieder Ziel einer zahlenmäßig beträchtlichen russischen Auswanderungsbewegung.
Kopiert mit Erlaubnis von Kathpress
Russischer orthodoxer Theologe und Bischof habilitiert an der Theologischen Fakultät Freiburg/Schweiz
Die Theologische Fakultät der Universität Freiburg/Schweiz verzeichnet ein nicht alltägliches Ereignis: Der Großkanzler der Fakultät, der Ordensmagister der Dominikaner, ernannte den russischen orthodoxen Bischof Hilarion Alfeyev zum Privatdozenten der Theologischen Fakultät und erteilte ihm Venia legendi, die Lehrbefugnis für das Fach Dogmatik.
Bischof Hilarion, der ein philosophisches Doktorat in Oxford und ein theologisches Doktorat am Orthodoxen Institut St. Serge in Paris erwarb und über 250 Publikationen in russischer sowie in anderen europäischen Sprachen aufweisen kann, hatte sich zuvor dem ordnungsgemäßen Habilitationsverfahren der Fakultät unterzogen, an dem Prof. Nicolas Lossky vom Institut St. Serge als externer Gutachter mitwirkte. Als Habilitationsschrift reichte Bischof Hilarion eine französischsprachige Untersuchung zu den Debatten über die Namen-Gottes-Verehrung ein, die zu Beginn des 20. Jahrhunderts vom Berg Athos ausgingen. Diese Studie wird in den „Ökumenischen Beiheften“ des Freiburger Instituts für Ökumenische Studien veröffentlicht werden, wo bereits 2003 Hilarion Alfejevs „Einführung in die orthodoxe dogmatische Theologie“ unter dem Titel „Geheimnis des Glaubens“ erschienen ist.
Am symbolträchtigen letzten Tag der Gebetswoche für die Einheit der Christen, dem 25. Januar 2005, hielt Bischof Hilarion im Senatssaal der Universität Freiburg seinen öffentlichen Habilitationsvortrag zum Thema „Die ekklesiologischen Grundlagen der Soziallehre der Kirche“. Er verglich das Dokument „Grundlagen der sozialen Konzeption der Russischen Orthodoxen Kirche“, das vom Bischofskonzil des Moskauer Patriarchats im Jahr 2000 verabschiedet wurde, mit dem „Kompendium der Soziallehre der Kirche“, das der Päpstliche Rat Justitia et Pax im Jahr 2004 veröffentlichte. Dabei zeigen sich weitreichende theologische Übereinstimmungen, nicht zuletzt im Verständnis des Verhältnisses zwischen Kirche und Staat. Während in westlichen Medien oft der Verdacht geäußert wird, daß die Russische Orthodoxe Kirche die Rolle einer russischen Staatskirche einnehmen wolle, proklamiert das Konzilsdokument klar die Unabhängigkeit der Kirche vom Staat und formuliert das Recht des zivilen Ungehorsams, wenn die Staatsmacht dem Gebot Gottes widerspricht. Einige kritischen Stimmen aus politischen Kreisen Rußlands zu diesen Aussagen bestätigen die Verwunderung über die innere Unabhängigkeit der russischen orthodoxen Kirche.
Bischof Hilarion arbeitete heraus, daß im Kompendium der katholischen Soziallehre die menschliche Person als „Fundament und Ziel des politischen Lebens“ im Zentrum steht, während das Moskauer Konzilsdokument den Menschen von vornherein in seiner ekklesiologischen Berufung betrachtet. Der „integrale und solidarische Humanismus“ des Kompendiums sei nicht immer vermittelt mit der sozialen Bedeutung der Kirche. Die Kirche bleibe eher Mater et Magistra, Lehrerin der sozialen Ordnung, nicht Ort ihrer sakramentalen Verwirklichung. An dieser Stelle könne das weitere ökumenische Gespräch ansetzen. Das folgende Kolloquium mit den Professoren konzentrierte sich vor allem auf das gemeinsame Zeugnis der Christen angesichts eines neuen, militanten Säkularismus in Europa.
Bischof Hilarion Alfeyev ließ in diesem Bereich viele eigene Erfahrungen in die Diskussion einfließen. Seit Juli 2002 leitet er die Vertretung des Moskauer Patriarchats bei den Europäischen Institutionen in Brüssel. Seit Mai 2003 ist er zugleich Bischof für Wien und ganz Österreich sowie Administrator der Diözese von Budapest und ganz Ungarn. Nach einer musikwissenschaftlichen Ausbildung trat Alfeyev 1987 in das Kloster des Heiligen Geistes in Vilnius, Litauen, ein und empfing in demselben Jahr die Priesterweihe. Bis 1991 wirkte er als Priester, dann als Dekan der Kathedrale in Kaunas. Es folgte die theologische Ausbildung an der Moskauer Theologischen Akademie sowie eine erste theologische Lehrtätigkeit. 1995 bis 2001 arbeitete Hilarion Alfejev als Leiter der Abteilung für die ökumenischen Beziehungen im Kirchlichen Außenamt des Moskauer Patriarchats. Nach seiner Bischofsweihe am 14. Januar 2002 war er vorübergehend als Weihbischof der Diözese Surož in Großbritannien tätig.
Bischof Hilarion ist Mitglied des Zentralkomitees und des Exekutivausschusses des Ökumenischen Rates der Kirchen, gehört dem Präsidium der Kommission Glaube und Kirchenverfassung an und wirkt in mehreren bilateralen ökumenischen Gesprächskommissionen mit, unter anderem in der orthodox-katholischen Kommission.
Die Dekanin der Theologischen Fakultät, Prof. Dr. Barbara Hallensleben, überreichte Bischof Hilarion am 19. Februar 2005 feierlich seine Venia legendi. Der neue Privatdozent wird seine Lehrverpflichtungen ab dem Sommersemester 2005 wahrnehmen und wird zu einer Präsentation seines neuen Buches Anfang April wieder in Freiburg erwartet. Seine Mitwirkung in der theologischen Ausbildung bestätigt das Engagement der Freiburger Fakultät im Bereich der Theologie der Ökumene, die eines der Kompetenzzentren der Fakultät darstellt. An der Fakultät, die für ihre ökumenische Offenheit und für ihre vielseitigen ökumenischen Initiativen international bekannt ist, sind derzeit zahlreiche orthodoxe Studierende eingeschrieben. Die Ernennung eines russischen orthodoxen Bischofs zum Privatdozenten einer Theologischen Fakultät in katholischer Tradition ist ein ermutigendes Zeichen, daß die Anerkennung der orthodoxen Kirchen als Schwesterkirchen der katholischen Kirchen auch auf der theologischen Ebene volle Anwendung findet.