Dans son article “Religion et constitution”, publié par
La Quinzaine européenne
dans le numéro 27 du 18 novembre au 1 décembre 2002, Edouard Bouyé réfléchit sur la question de la place que les religions doivent avoir dans la future constitution européenne et, généralement, dans l’Europe unie à venir. L’auteur affirme : “La question qui est aujourd’hui débattue au sein de la Convention est de savoir s’il faut, tout en réaffirmant le caractère laïc des institutions, rappeler que le christianisme est historiquement fondateur de la culture et de l’identité européennes, et que nombre des valeurs partagées par les Européens trouvent leur origine dans l’Evangile? Lionel Jospin, en son temps, avait répondu par la négative: c’est la version française d’une laïcité vigilante, cantonnant dans le domaine privé tout sentiment religieux et désireuse de ne fermer la porte à personne. Gianfranco Fini (Alliance nationale), représentant du gouvernement italien à la Convention, désire quant à lui que soient rappelés les fondements chrétiens de la civilisation occidentale. C’est aussi ce qu’ a demandé le pape Jean-Paul II à Valéry Giscard d’Estaing le 31 octobre. Ce souci est partagé par certains députés européens des pays du sud, et des pays candidats, comme la Pologne”.
L’auteur considère qu’il est “vain de tenter une catégorisation des conceptions de la laïcité dans les différentes aires culturelles européennes. La synthèse que tentera d’en faire la Convention présidée par Valéry Giscard d’Estaing risque bien d’être caduque avant même que la constitution n’entre en vigueur. L’islam, qui sera dans quelques années, en nombre de pratiquants, ‘la religion de la majorité des Européens’, ne s’accommode guère avec les laïcités européennes actuelles, car il a un caractère social et public très fort”.
Ainsi, selon M. Bouyé, “le seul dénominateur commun que l’on puisse trouver se résume à peu de choses. Les totalitarismes athées du XXe siècle ont montré le danger qu’il y avait à bannir par voie constitutionnelle ou législative toute référence au religieux. Il ne s’agit pas de proclamer, comme le font régulièrement certains magazines, un quelconque ‘retour du religieux’. Mais force est de constater qu’il y a, en Europe, plus de citoyens qui croient à une transcendance, que de citoyens qui estiment que la mort est un point final”.
L’auteur d’en conclure que “les institutions devraient reconnaître le rôle historique, pour le meilleur et pour le pire, des diverses traditions religieuses dans la construction de l’Europe telle qu’elle est aujourd’hui, souhaiter que ces sentiments religieux puissent trouver librement leur expression légitime et veiller à ce que leur coexistence soit pacifique. Ce faisant, l’Europe garantirait la liberté religieuse des citoyens et bannirait, au moins dans le principe, les guerres de religion, dont le terrorisme islamique est un avatar, le dernier en date et le plus visible médiatiquement”.